Le travail pour Viennot

août 9, 2011

Viennot, Portrait de jeune fille en robe rose

Viennot, Portrait de jeune fille en robe rose

« J’ai rencontré ces jours-ci quelqu’un qui a connu Viennot, un peintre du temps de ma jeunesse.[…] Vous savez que je n’étais pas riche en ces temps-là. […] C’était un homme sans aucun talent, mais assez instruit, parlant bien, dont la spécialité était de faire des portraits à l’huile, de grandeur naturelle, d’après des photographies. Je ne sais pas comment il s’arrangeait, mais il obtenait des commandes, non seulement de Paris, mais encore de toute l’Europe et même d’Amérique. Il se réservait les têtes et les mains, et faisait exécuter les vêtements par des élèves beaucoup plus forts que lui. Quand on avait à peindre une croix ou une broche de femme, cela se payait à part, cinq francs. Viennot me donna de l’ouvrage. C’était en 1857, dix-huit mois avant mon prix de Rome. Vous vous imaginez si j’étais heureux. J’aurais pu gagner facilement vingt francs par jour s’il y avait eu de la besogne tout le temps; j’en ai même gagné vingt-cinq. En tous cas ma moyenne était de dix francs. Jamais je n’avais rêvé pareille richesse. Je m’achetais alors une montre ! »…

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 30 décembre 1884)