Henner copiste… de Carpaccio

novembre 15, 2011

En tant que coloriste, Henner ne pouvait pas rester insensible à la peinture de tradition vénitienne.

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

 

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Il avait l’habitude de commenter ses impressions dans un carnet. Au sujet de la peinture de Carpaccio, on peut lire le paragraphe suivant :

« Venise, Capraccio, extraordinaire de couleur, de vigueur, de simplicité, de nature, de naïveté. La nature prise sur le fait. Beaucoup de draperies noires, chaudes, tirant sur le vert, des bleus verdâtres d’une richesse inouïe. Les glacis jouent un très grand rôle dans tout cela. Les draperies rouges sont admirables et bien accompagnées des verts avec les noirs. Les noirs tirent presque tous un peu sur le vert. Les figures se détachent sur le fond, ou les unes sur les autres de la manière la plus simple sans noir du coté de la lumière ni rien. Beaux fonds de maisons en silhouette avec des arbres. Beaucoup de cheveux blonds et bouclés. Les têtes, les mains, tout d’un seul beau ton blond. Bonnet noir avec des cheveux extrêmement blonds. Doublure rouge, ornement blanc sur l’étoffe… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Henner copiste…. de Filippo Lippi

août 16, 2011

 

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

A l’occasion d’un séjour  d’une semaine dans la ville italienne de Prato, en compagnie de De Conninck, Henner copia une fresque de Lippi, conservée dans la cathédrale de la ville. En date du 29 juillet 1860 il relate dans son journal quelques difficultés techniques.

« […] Nous rentrons de Prato avec De Conninck, où nous avons passé toute la semaine à faire une copie de cette belle peinture de Filippo Lippi. J’avais pris du papier trop gros et je n’avais pas d’huile blanche et des pinceaux extrêmement usés ; je me suis bien promis de me rappeler de cela ; la peinture est déjà assez difficile, quand on a les meilleurs moyens possibles, les outils les plus commodes, pour qu’on n’ait pas besoin de se créer des difficultés soi-même. Je ne fais pas assez la simple masse ; je me laisse toujours trop emporter par le creux des ombres et les brillants des lumières ; et surtout par la principale chose, la sauvegarde éternelle, le dessin ; je ne peux pas me faire à dessiner avant de peindre. Je me le suis cependant promis, déjà tant de fois. Je n’ai donc pas fait une esquisse aussi bonne que je l’espérais ; c’est égal, cela me donnera toujours un bon souvenir du tableau ».

Puis, quand il adresse sa lettre à une femme, il aborde Filippo Lippi d’une manière bien plus romanesque. Voyez quel récit il livre le même jour à un destinataire féminin :

« Hier soir nous sommes rentrés de Prato, petite ville à quelques lieues de Florence où nous avons passé la semaine à piocher comme des malheureux à faire une esquisse d’une admirable fresque de Filippo Lippi, peintre très grand, qui précédait de beaucoup Raphaël et qui est presqu’inconnu ailleurs qu’ici.  Il était moine mais à ce qu’il paraît fort peu scrupuleux, car il a enlevé une jeune religieuse et s’est retiré à Spolète où nous avions déjà une de ses peintures et où il est mort empoisonné. L’église de Prato est un bijou, toujours style pisan, marbre vert et noir :ces peintures sont dan le chœur de sorte que avons pu y travailler toute la journée… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).