Quand une femme s’endort…

octobre 24, 2009

Mon modèle s’était endormi pendant un repos. Elle avait chaud, et une rougeur délicate envahissait le bas de sa joue. C’était si joli, que je pris tout doucement une petite toile, et que je me suis mis à la peindre. En une demi-heure toute la figure était modelée. C’est plus poussé que ce que je fais ordinairement. On sent que la lumière tombe à plat sur le dessous du menton, et qu’elle glisse le long de la joue. Cette tête dort bien, n’est ce pas ? Je lui ai laissé la bouche ouverte, comme je l’avais devant les yeux. Le trou noir de la bouche et le dessous de la lèvre supérieure, éclairé en plein, m’ont paru drôles.
Jean-Jacques Henner, 19 mars 1879

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

sommeilLe Sommeil par Jean-Jacques Henner

© musée national Jean-Jacques Henner

La Petite Idylle

septembre 9, 2009

henner_petiteidylle« J’ai refait la figure gauche, avant-hier. Figurez-vous ce qu’il m’est arrivé. J’avais effacé la figure, quand je reçois une lettre de M. Cochery me demandant s’il peut faire prendre son tableau ! Je lui ai écrit d’attendre le lendemain, sans savoir ce que je faisais, je n’avais pas le temps d’y réfléchir ! Il fallait se mettre à la besogne. J’ai recommencé la figure trois ou quatre fois, ça ne marchait pas ! Je faisais toujours petit, avec trop de détails, je travaillais par petits morceaux. Enfin, j’ai pris la résolution de ne placer que les grandes masses, les blancs et les noirs, et rien de plus ! Et ma figure s’est trouvée faite ! [...] L’essentiel, c’est de faire simple, et d’indiquer seulement les grands clairs et les grands ombres qui donnent le mouvement. »

Jean-Jacques Henner, 25 février 1879

A propos de la Petite Idylle achetée par M. Cochery – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner. notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Idylle,dit aussi Mélodie du Soir
© RMN / Franck Raux

L’Andromède

septembre 7, 2009

Andromède (recto)  Femme en buste (verso)

« Je suis assez content de l’arrangement. Les cheveux, épais comme un vêtement, se détachent en sombre sur le ciel, ce qui n’est pas banal. Le rocher sera noir, très noir. Je cherche ma couleur pour faire les creux sombres du rocher. Il faut que ce soit noir, tout à fait noir. L’année dernière au Tréport, j’ai vu un rocher comme cela; il était vert bouteille, d’un ton intense extraordinaire. J’ai observé cela dans les rochers mouillés que l’eau recouvre tous les jours : ils sont d’un superbe ton noir. »

Jean-Jacques Henner, 25 février 1879

A propos de son Andromède – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner. notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

© Musée national JJ Henner / RMN