Au sujet d’une biblis
décembre 20, 2011
« Elle a bien l’air d’être tombée là de désespoir, n’est-ce pas, avec les mains en avant et les cheveux qui suivent la ligne du corps ? Ce qui lui donne du charme, c’est que la ligne d’en bas est toute droite, sans être coupée par rien. Voyez plutôt cette nymphe que j’ai peinte en 1862 ; la jambe gauche repliée lui donne un air tortillé. Mon ancienne Biblis manque également d’assiette, et le paysage qui l’encadre ne vaut pas celui-ci. Autrefois, je ne savais pas arranger un paysage; j’y mettais un peu de tout, beaucoup trop de détails. Depuis quatre ou cinq ans seulement, je commence à savoir combiner un paysage. »
(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 29 mai 1880)
Henner portraitiste… sa mère priant devant le corps de sa soeur Madeleine
novembre 10, 2011
« Ces deux peintures de petites dimensions sont empreintes de l’émotion très forte du jeune homme devant la souffrance d’un de ses proches : défigurée par la maladie, la tête de sa sœur, dont la couleur verte se reflète dans les plis des draps, apparaît seule, presque disproportionnée, au milieu de l’oreiller ».
Cette peinture au croisement du thème du portrait, mortuaire qui plus est, et de la scène de genre a une histoire aussi originale qu’émouvante.
C’est à partir de ces deux portraits qu’Henner compose une scène de genre reconstituant l’événement familial quatre ans plus tard.
Henner écrit ces quelques mots en 1857 :
« Le sujet est connu : vous voyez une mère qui pleure sa fille. Cette peinture m’est d’autant plus précieuse qu’elle représente ma sœur morte avec ma mère qui a posé quelques jours avant sa maladie. Elles sont toutes les deux très ressemblantes… »
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).
Le Christ en prison
septembre 14, 2011
Le Christ en prison illustre à lui seul les difficultés que les peintres rencontrent parfois lorsqu’ils cherchent leur composition. Henner a enduré doutes et reprises pour arriver au résultat que l’on connaît.
Il est toujours émouvant de lire ses angoisses qu’il partageait beaucoup grâce une correspondance régulière avec son maître et son frère notamment… Ainsi, le 10 janvier 1861 il se confie à son frère :
« […] Toujours impossible de trouver la tête du Christ, je l’ai recommencée plus de vingt fois et toujours rien. Je viens de faire un croquis de profil, peut-être mettrai-je la tête baissée. J’aurais un modèle demain, je chercherai tout cela… ».
Puis le 4 avril 1861, il envoie une nouvelle lettre à son frère Grégoire :
« Je commence à ne plus voir ce que je fais, je ne sais pas ce que cela paraitra à l’exposition. J’ai eu tort de choisir un sujet aussi difficile car c’est la chose la plus difficile en peinture de faire un Christ. J’ai changé depuis, mon Christ a la tête baissée et n’est plus comme dans l’esquisse. Je crois que cela fait mieux, cela al ‘air plus désolant et en même temps, la tête était plus aisée à faire… Mais ce n’est pas encore fini… ».
Il fait parvenir une dernière lettre de désespoir à son maître le 27 avril 1861, avant de rencontrer un franc succès lors de son exposition :
« […] J’ai abordé un sujet tellement difficile qu je n’ose pas m’attendre au moindre succès, le Christ qui est le type de la beauté, et moi avec ma manière si terra à terre ! Je n’ose pas y penser… » .
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).
Henner copiste…. de Filippo Lippi
août 16, 2011
A l’occasion d’un séjour d’une semaine dans la ville italienne de Prato, en compagnie de De Conninck, Henner copia une fresque de Lippi, conservée dans la cathédrale de la ville. En date du 29 juillet 1860 il relate dans son journal quelques difficultés techniques.
« […] Nous rentrons de Prato avec De Conninck, où nous avons passé toute la semaine à faire une copie de cette belle peinture de Filippo Lippi. J’avais pris du papier trop gros et je n’avais pas d’huile blanche et des pinceaux extrêmement usés ; je me suis bien promis de me rappeler de cela ; la peinture est déjà assez difficile, quand on a les meilleurs moyens possibles, les outils les plus commodes, pour qu’on n’ait pas besoin de se créer des difficultés soi-même. Je ne fais pas assez la simple masse ; je me laisse toujours trop emporter par le creux des ombres et les brillants des lumières ; et surtout par la principale chose, la sauvegarde éternelle, le dessin ; je ne peux pas me faire à dessiner avant de peindre. Je me le suis cependant promis, déjà tant de fois. Je n’ai donc pas fait une esquisse aussi bonne que je l’espérais ; c’est égal, cela me donnera toujours un bon souvenir du tableau ».
Puis, quand il adresse sa lettre à une femme, il aborde Filippo Lippi d’une manière bien plus romanesque. Voyez quel récit il livre le même jour à un destinataire féminin :
« Hier soir nous sommes rentrés de Prato, petite ville à quelques lieues de Florence où nous avons passé la semaine à piocher comme des malheureux à faire une esquisse d’une admirable fresque de Filippo Lippi, peintre très grand, qui précédait de beaucoup Raphaël et qui est presqu’inconnu ailleurs qu’ici. Il était moine mais à ce qu’il paraît fort peu scrupuleux, car il a enlevé une jeune religieuse et s’est retiré à Spolète où nous avions déjà une de ses peintures et où il est mort empoisonné. L’église de Prato est un bijou, toujours style pisan, marbre vert et noir :ces peintures sont dan le chœur de sorte que avons pu y travailler toute la journée… ».
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).
Réflexions autour de la figure de Madeleine
juillet 21, 2011
« J’ai trouvé aujourd’hui une autre Madeleine ! Quelque chose d’adorable ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Elle est à genoux, les mains jointes contre sa poitrine et les yeux levés au ciel, la tête renversée en arrière, les cheveux dénoués. C’est exquis ! Elle sera à moitié nue; un simple bout de draperie partira de la ceinture et laissera voir les genoux. Son vêtement s’est usé, vous comprenez, c’est tout ce qui lui reste. »
Entretiens de Jean-Jacques Henner, 14 mars 1881, par Émile Durand-Gréville
Henner portraitiste… Sa mère
juillet 18, 2011
Ces deux portraits réalisés par Jean-Jacques Henner, à cinq ans d’intervalle, témoignent du vieillissement de sa mère et nous montrent qu’Henner a été choqué par cette évolution. Cela parait d’autant plus flagrant que le portrait de 1856 est le dernier que le peintre aura l’occasion de faire de sa mère, qui décède l’année suivante.
« Il la présente en buste et de profil dans le costume marron et noir dans lequel il l’a toujours peinte. Sur papier et de petites dimensions, il se rapproche, par son réalisme, des deux portraits d’après sa sœur malade et sa mère morte : ce sont surtout les traits vieillis de sa mère qui ont frappé le peintre : le profil est marqué et les cheveux raides et gris, peu soignés, s’échappent du bonnet. Un cerne profond marque le dessous de l’œil et les joues sont tombantes ; le menton est retenu par le cordon qui maintient le bonnet. La rougeur qui colorait autrefois ses joues dans le portrait de 1851 a disparu : le teint est devenu gris et le regard absent ».
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).
Henner, agacé par les enfants ?
juillet 15, 2011
…Il y a un petit enfant tout nu, couché à côté de sa mère qui le regarde. C’est épouvantable de faire un petit enfant : il ne tient pas une demi-minute… », écrivait Henner à son maître Goutzwiller le 23 décembre1862 depuis Rome.
Puis une autre lettre datant du 26 mai 1863 suivit au sujet du même tableau :
…Vous savez que mon tableau de cette année, qui est à peu près terminé maintenant, et qui a un succès bien autre que celui de l’année dernière, représente un petit enfant de trois ans, complètement nu, couché sur un pauvre petit lit, se réveillant et appelant sa mère endormie à côté de lui… .
Ce secret d’œuvre illustre la pratique quasiment systématique de Henner à faire marche arrière et à modifier les détails de sa composition au fur et à mesure de son avancement.
Jean-Jacques Henner I, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin (p. 88)
La couleur prime…
juin 15, 2011
« La couleur est au moins la moitié de la peinture. Depuis quelques temps, je m’intéresse aux vitraux des églises de Paris. Les plus beaux de ton sont antérieures à la Renaissance. Quelques-uns sont extraordinaires. Un vitrail de Saint-Gervais représente une sainte toute nue, entourée de bêtes féroces, et que des gens regardent. J’ignore quel est en le sujet, mais, comme couleur de chair, le corps de la sainte est d’une beauté inimaginable.[...] Les gens de cette époque ne se doutaient pas qu’ils étaient des coloristes, ils traduisaient leurs impressions, tout bonnement. »
(A propos d’un vitrail de Saint-Gervais., Entretiens de Jean-Jacques Henner et Emile Durand-Gréville, 16 novembre 1880)
La Tête de femme au voile rouge
juin 10, 2010
Tête de femme au voile rouge, vers 1885
« Henner nous a montré l’esquisse d’une tête d’après une jeune fille qui veut se faire modèle. […] Le figure d’un type curieux, presque oriental : teint mat, yeux noirs ou brun foncé, nez long et droit, terminé en boule, les lèvres charnues, une vraie tête d’Hérodiade. Henner l’a peinte de profil avec une cape rouge sous laquelle les cheveux se trouvent cachés. Le ton du visage est très pâle. J’ai félicité le maître. »
Découvrez actuellement, et jusqu’au 6 septembre l’oeuvre La Tête de femme au voile rouge exposée au musée national Jean-Jacques Henner dans le cadre de l’exposition Henner Dessinateur.
La Source
mars 14, 2010
3 mars 1881 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Découvrez le portrait de Dolly Tennant par Jean-Jacques Henner; grande muse et élève de Jean-Jacques Henner :
14 mars 1881 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
La Source, Jean-Jacques Henner
















