La Petite Idylle

février 23, 2012

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Idylle,dit aussi Mélodie du Soir © RMN / Franck Raux

« J’ai refait la figure gauche, avant-hier. Figurez-vous ce qu’il m’est arrivé. J’avais effacé la figure, quand je reçois une lettre de M. Cochery me demandant s’il peut faire prendre son tableau ! Je lui ai écrit d’attendre le lendemain, sans savoir ce que je faisais, je n’avais pas le temps d’y réfléchir ! Il fallait se mettre à la besogne. J’ai recommencé la figure trois ou quatre fois, ça ne marchait pas ! Je faisais toujours petit, avec trop de détails, je travaillais par petits morceaux. Enfin, j’ai pris la résolution de ne placer que les grandes masses, les blancs et les noirs, et rien de plus ! Et ma figure s’est trouvée faite ! [...] L’essentiel, c’est de faire simple, et d’indiquer seulement les grands clairs et les grands ombres qui donnent le mouvement. »

Jean-Jacques Henner, 25 février 1879

A propos de la Petite Idylle achetée par M. Cochery – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner. notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Cet article fait référence à l’exposition actuellement présentée au musée national Jean-Jacques Henner « De l’impression au rêve. Paysages de Henner » jusqu’au 2 juillet 2012.

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La recherche d’un idéal

février 9, 2012

Dans les années 1880, tout en répondant aux demandes nombreuses des amateurs et marchands en peignant des variantes des tableaux appréciés au Salon, Henner poursuit ses recherches autour des compositions avec un seul nu féminin. Qu’ils s’intitulent Fontaine ou Source, ces tableaux semblent plus être des déclinaisons d’un seul et même sujet, une figure, debout ou assise, de profil, de face ou de dos réduite à une forme nacrée se détachant dans un ciel bleu. Il ne s’intéresse pas au sujet de ses tableaux:

« Que m’importe le sujet dans un tableau ? Voyez telle œuvre. Qu’y a-t-il ? Deux taches blanches qui sont des femmes, sur une tache verte et une tache bleue, qui forment un fond d’arbres et un ciel. Où est le sujet ? ».

Henner résume ainsi sa démarche créatrice :

« Je rêve quelque chose et je n’arrive pas à réaliser mon rêve; il faut trouver la forme et la couleur appropriée ».

Nymphe au bord d'une fontaine, JJ Henner

La Source, JJ Henner

Cet article fait référence à l’exposition actuellement présentée au musée national Jean-Jacques Henner « De l’impression au rêve. Paysages de Henner » jusqu’au 2 juillet 2012.

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Au sujet d’une biblis

décembre 20, 2011

« Elle a bien l’air d’être tombée là de désespoir, n’est-ce pas, avec les mains en avant et les cheveux qui suivent la ligne du corps ? Ce qui lui donne du charme, c’est que la ligne d’en bas est toute droite, sans être coupée par rien. Voyez plutôt cette nymphe que j’ai peinte en 1862 ; la jambe gauche repliée lui donne un air tortillé. Mon ancienne Biblis manque également d’assiette, et le paysage qui l’encadre ne vaut pas celui-ci. Autrefois, je ne savais pas arranger un paysage; j’y mettais un peu de tout, beaucoup trop de détails. Depuis quatre ou cinq ans seulement, je commence à savoir combiner un paysage. »

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 29 mai 1880)


Henner portraitiste… sa mère priant devant le corps de sa soeur Madeleine

novembre 10, 2011

 

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, pendant sa maladie, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, pendant sa maladie, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, sur son lit de mort, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, sur son lit de mort, 1852, 215x27 cm

« Ces deux peintures de petites dimensions sont empreintes de l’émotion très forte  du jeune homme devant la souffrance d’un de ses proches : défigurée par la maladie, la tête de sa sœur, dont la couleur verte se reflète dans les plis des draps, apparaît seule, presque disproportionnée, au milieu de l’oreiller ».

Cette peinture au croisement du thème du portrait, mortuaire qui plus est, et de la scène de genre a une histoire aussi originale qu’émouvante.

C’est à partir de ces deux portraits qu’Henner compose une scène de genre reconstituant l’événement familial quatre ans plus tard.

La mère de l’artiste priant devant le corps de sa fille Madeleine, 1856, 465x68 cm

La mère de l’artiste priant devant le corps de sa fille Madeleine, 1856, 465x68 cm

Henner écrit ces quelques mots en 1857 :

« Le sujet est connu : vous voyez une mère qui pleure sa fille. Cette peinture m’est d’autant plus précieuse qu’elle représente ma sœur morte avec ma mère qui a posé quelques jours avant sa maladie. Elles sont toutes les deux très ressemblantes… »
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Au sujet d’une Madeleine à genoux

octobre 31, 2011

« Vous remarquerez que j’ai mis plus d’ombre que de lumière sur le corps. Seule la poitrine est éclairée. Sentez-vous que cette lumière restreinte joue mieux ? Je n’ai pas mis de ciel non plus, cela détournerait l’attention et diminuerait le charme. J’ai commencé une autre Madeleine comme celle-ci mais plus grande. Je lui mettrai autour des reins au bout d’étoffe vieillie, usée, qui n’aura plus de couleur. Elle ne conservera qu’un peu de bleu, d’un beau bleu, si je puis l’obtenir, dans la partie éclairée qui sera toute petite, et comme une pierre précieuse ».

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 2 mai 1888)

Sur l’Impératrice Joséphine par Prud’Hon

octobre 10, 2011

« Ce tableau fait tort à tous ceux qui l’entourent. La Baigneuse d’Ingres paraît vide à côté. Le bras est bien modelé, la tête moins bien, à cause de ce reflet qui laisse l’ombre la plus noire au milieu de la joue, de sorte que la joue est coupée en deux ».

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 1er février 1881)

Prud'hon, L'impératrice Joséphine, 1805, 244 x 179 cm, Musée du Louvre

Prud'hon, L'impératrice Joséphine, 1805, 244 x 179 cm, Musée du Louvre

 

Le Christ en prison

septembre 14, 2011

Le Christ en prison illustre à lui seul les difficultés que les peintres rencontrent parfois lorsqu’ils cherchent leur composition. Henner a enduré doutes et reprises pour arriver au résultat que l’on connaît.

Il est toujours émouvant de lire ses angoisses qu’il partageait beaucoup grâce une correspondance régulière avec  son maître et son frère notamment… Ainsi, le 10 janvier 1861 il se confie à son frère :

« […] Toujours impossible de trouver la tête du Christ, je l’ai recommencée plus de vingt fois et toujours rien. Je viens de faire un croquis de profil, peut-être mettrai-je la tête baissée. J’aurais un modèle demain, je chercherai tout cela… ».

Puis le 4 avril 1861, il envoie une nouvelle lettre à son frère Grégoire :

« Je commence à ne plus voir ce que je fais, je ne sais pas ce que cela paraitra à l’exposition. J’ai eu tort de choisir un sujet aussi difficile car c’est la chose la plus difficile en peinture de faire un Christ. J’ai changé depuis, mon Christ a la tête baissée et n’est plus comme dans l’esquisse. Je crois que cela fait mieux, cela al ‘air plus désolant et en même temps, la tête était plus aisée à faire… Mais ce n’est pas encore fini… ».

Il fait parvenir une dernière lettre de désespoir à son maître le 27 avril 1861, avant de rencontrer un franc succès lors de son exposition :

« […] J’ai abordé un sujet tellement difficile qu je n’ose pas m’attendre au moindre succès, le Christ qui est le type de la beauté, et moi avec ma manière si terra à terre ! Je n’ose pas y penser… » .

Le Christ en prison, 1861, 1,75x1,25 m, Colmar, Musée Unterlinden

Le Christ en prison, 1861, 1,75x1,25 m, Colmar, Musée Unterlinden

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Henner face à l’art de la composition

septembre 10, 2011

Nous avons récemment lancé un sondage proposé sur Facebook pour mieux vous connaître.  La question était « Dans la peinture de Jean-Jacques Henner, qu’est-ce-qui vous touche le plus ? ». Beaucoup d’entre vous ont révélé que c’était le travail de composition de Jean-Jacques Henner qui les charmait en grande partie. Et bien voici ce que le peintre pensait à propos de la difficulté de représenter une seule figure dans un paysage :

On ne s’imagine pas combien il est difficile d’arranger un bout de paysage autour d’une figure ! C’est si délicat ! Plus on en fait, plus on s’aperçoit que c’est difficile ! Quand il y a plusieurs figures dans un tableau, le fond s’arrange tout seul. Et je vous assure que, plus il y a de figures, plus il est facile de les arranger, l’une cachant un peu l’autre. Deux figures dans un tableau, c’est déjà bien plus malin. Mais ce qu’il y a de plus difficile au monde, c’est de faire un tableau avec une seule figure.

Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville (4 mars 1879).

Et voici à quoi aboutit une recherche sur Jean-Jacques Henner dans Google :

Capture d'écran des résultats d'images pour une recherche "Jean-Jacques Henner" dans Google

Capture d'écran des résultats d'images pour une recherche "Jean-Jacques Henner" dans Google

Vous voyez ? Les images qui s’affichent partagent un point commun : elles ont toutes pour seul sujet des figures féminines isolées.

Henner portraitiste… le portrait de M. Montaubin, sous-préfet d’Altkirch

août 23, 2011

Ce portrait de grandes dimensions contraste étonnamment avec les autres portraits de cette période, tant par sa taille que par son traitement pictural : contrairement à son habitude, Henner a peint avec précision tous les accessoires de l’uniforme, sans toutefois sacrifier aux détails. D’ailleurs le sous-préfet, qui fut vraisemblablement le  premier alsacien qui possédait des lunettes de soleil a tenu à poser avec ces accessoires.  D’après cet extrait d’une lettre qu’il adressa à son maître le 30 septembre 1855, il en était assez content :

« Il y a plus de huit jours que le portrait du sous-préfet est terminé ; il en est enchanté, ainsi que toutes les personnes qui l’ont vu jusqu’ici. Quant à moi, au point de vue de l’art, c’est ce que j’ai encore fait de mieux… »

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).

A propos du Christ de Henner

août 20, 2011

« Il m’est arrivé une chose bien étonnante pendant que je travaillais à ce Christ. Je l’avais fait d’après mon modèle blanc, celui qui est d’un si beau ton, mais qui est très musclé et tout rempli de bosses. Quand mon italien est venu poser pour la tête, il m’a semblé beaucoup plus simple, et par conséquent beaucoup plus beau; alors, j’ai corrigé d’après lui, en marquant mes nouvelles lignes avec un pinceau dans ma peinture. Le lendemain, j’avais une séance avec mon modèle blanc; cela m’ennuyait beaucoup, j’aurais voulu le renvoyer. Eh bien ! Figurez-vous que, quand il s’est couché, je l’ai vu simple comme l’Italien ! Et j’ai continué à travailler d’après lui ! »

Le Christ mort, 1879

Le Christ mort, 1879

(Entretiens de JJ Henner par Emile Durand-Gréville, 21 mars 1879)

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