Juana Romani en liseuse

octobre 23, 2009

« Très paresseuse pour poser quand elle [Juana Romani] n’est pas en train, et grande dévoreuse de livres. Un jour qu’Henner avait commencé une figure nue d’après elle, pendant un repos elle prit un livre, et s’obstina à lire au lieu de reprendre la pose. En vain le maître la rappelait à l’ordre ; alors elle levait légèrement la tête, regardait le peintre de ses grands yeux bruns, puis se remettait à lire ! « Ne bougez pas, » lui dit-il tout à coup à un moment où elle regardait ainsi de bas en haut, le front et les yeux à moitié plongés dans l’ombre portée par ses cheveux roux en désordre.
5 juillet 1884 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Nous avons retrouvé une esquisse d’une liseuse dans les réserves du musée…Non datée et sans aucune indication concernant la modèle, cette esquisse pourrait cependant s’apparenter aisément au dessin décrit ci-dessus :

Liseuse© musée national Jean-Jacques Henner

Anecdote sur un modèle

octobre 21, 2009

En ce moment, Henner a plusieurs [modèles féminins] très intéressants : d’abord la femme rousse dont il a reproduit plusieurs fois la tête, profil distingué, un peu léonardesque, nez légèrement juif. Le second modèle de tête est une fille brune, au type espagnol, aux cheveux très noirs. Henner nous a montré une esquisse d’après elle; l’expression est vivante, passionnée, énergétique. La masse de cheveux et celle de la robe, très foncée, forment une tache superbe sur le fond bleu, relativement clair. - »Cette jeune fille, dit Henner, est bizarre; elle comprend admirablement la pose, et la garde avec un air sauvage. Quoique peu bavarde, elle m’a cependant confié son histoire. Elle s’est enfuie de chez elle avec son amant, puis, un beau jour, elle l’a quitté. Elle ne parle qu’entre les temps de pose; alors, au lieu d’aller s’assoie dans un fauteuil, elle se met par terre, à plat ventre comme une bête, devant la cheminée.
Jean-Jacques Henner, 3 décembre 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Judith_cmusée

Judith, étude
(C) RMN / Franck Raux
musée national Jean-Jacques Henner

Juana Romani

octobre 13, 2009

Aujourd’hui j’aimerais vous raconter l’histoire d’une rencontre touchante entre Henner et Juana Romani, un de ses modèles.

« […] Ayant envie de connaître le maître et de poser pour lui, elle vint sonner à sa porte très souvent, pendant plusieurs années, dit-elle. Longtemps ce fut sans succès, car il faut sonner trois coups chez Henner pour avoir une chance d’être reçu. Enfin, soit par hasard, soit que Falguière l’eût annoncée, elle parvint à ses fins. C’est une femme peu instruite, mais très intelligente, développée par le milieu artistique dans lequel elle a vécu. D’après Henner, elle se connaît fort bien en peinture. « Mieux que beaucoup de peintres,  » ajoute-t-il. Elle se plaint amèrement de poser devant des artistes sans talent, qui « font des croûtes d’après elle ». Par contre, elle adore les grands artistes: - »Je voudrais rester tous les jours dans votre atelier, » répète-t-elle à Henner. »
5 juillet 1884 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Juana Romani est une peintre italienne née en 1867 qui débuta comme modèle auprès un du sculpteur Falguière et des peintres Henner et Roybet, dont elle deviendra la maîtresse. Influencée dans son art par Henner et Regnault, elle expose régulièrement à la Société des Artistes français de 1888 à 1904.

Admirez l’une des œuvres de Juana Romani qui a beaucoup du parler à Henner dont elle a été l’élève :La jeune femme rousse par Juana Romani :

jeune femme rousse, juana romani
Et pour finir, voici un portrait d’elle même envoyé à Henner avec une de ses lettres conservées dans la documentation du musée :

juanaromani© musée national Jean-Jacques Henner

La Diane Chasseresse de Falguière : une future modèle

octobre 12, 2009

Aujourd’hui j’aimerais vous faire découvrir l’intimité du bureau de Jean-Jacques Henner en vous dévoilant son encrier…Figurez-vous qu’il est décoré de la tête de la Diane Chasseresse d’Alexandre Falguière, un de ses meilleurs amis, dont Jean-Jacques Henner fait mention lors d’une des visites d’Émile Durand-Gréville dans son atelier :

« Henner m’a montré une tête de face aux grands yeux, au teint blanc mat, aux cheveux d’un roux ardent (grandeur nature). Étude, ou plutôt fantaisie d’après une Italienne de dix-sept ans, très jolie, celle-là même qui a posé pour Falguière la Diane Chasseresse. Elle est devenue depuis un peintre de talent. C’est Melle Juana Romani. »

5 juillet 1884 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

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© musée national Jean-Jacques Henner

Italiennes ou parisiennes ?

septembre 8, 2009

Quand Jean-Jacques Henner compare les jeunes femmes italiennes aux parisiennes…

« Les femmes ici sont généralement très belles, un peu lourdes; elles sont tranquilles et non pas bavardes comme en France. Elles n’ont pas le goût de la toilette, toutes sont en cheveux. [...] C’est malheureux que beau peuple soit si mal gouverné, il est vrai que s’il était bien gouverné il deviendrait comme les autres nations. Il s’occuperait d’industrie, perdrait tous ses préjugés, ces restes de l’antiquité qui ont tant de poésie; car ils ont encore toutes les habitudes antiques: on voit que la civilisation moderne n’a pas encore assez pénétré ici. Les femmes ont des bijoux longs comme la main aux oreilles: elles sont primitives comme de vraies paysannes: quelle différence avec ces rusées femmes de Paris.»

(Lettre de Henner à Grégoire, Rome, 16 mai 1859)

caillardÉtude pour le portrait de Mademoiselle Gadiffet-Caillard – Jean-Jacques Henner (musée des Beaux-Arts de Rennes) (c)RMN