Rencontre avec Bénédicte Colly, restauratrice

septembre 13, 2013

Autour de la restauration de la Nymphe couchée de Jean-Jacques Henner

 

Bénédicte Colly a consacré son mémoire pour l’obtention du Diplôme de restaurateur du Patrimoine (Institut National du Patrimoine, promotion 2012) au tableau La Nymphe couchée de Jean-Jacques Henner (1887) conservé au Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Elle nous explique les « mystères » de cette œuvre et le travail de restauration qu’elle a effectué en s’appuyant sur l’analyse matérielle du tableau et les documents historiques conservés au Musée national Jean-Jacques Henner

Pourquoi avoir choisi La Nymphe couchée de Jean-Jacques Henner ?

Mon goût pour l’art du XIXème siècle m’a amenée à contacter le Petit Palais pour trouver une œuvre de cette période dont les problématiques de restauration pouvaient être intéressantes. J’ai eu un vrai coup de cœur lorsque l’on m’a présenté ce tableau de Henner, peintre que je connaissais, en réalité, assez peu. Et surtout les questions soulevées par la restauration apparaissaient comme vraiment complexes et diverses, je sentais qu’il y avait beaucoup de choses à faire tant au niveau de la couche picturale que du support. Cette œuvre permettait ainsi de mener des recherches très polyvalentes.

Nymphe couchée_avant restauration

Le tableau avant restauration

Nymphe couchée_après restauration

Le tableau après restauration

Quelles étaient plus particulièrement les problématiques que soulevait la restauration de cette œuvre ?

D’une part, d’un point de vue du support, la toile était très déformée. Le premier enjeu consistait à redonner une planéité à la toile et à la stabiliser car elle est particulièrement sensible aux variations hygrométriques.

Le deuxième enjeu portait sur le nettoyage de la couche picturale car on observait un fort noircissement et des « accidents » au niveau du corps de la nymphe, qui n’existaient pas à l’origine comme l’ont révélé des photographies anciennes. Autant d’altérations qui gênaient la lecture de l’œuvre.

La question qui s’est posée était de redonner un aspect esthétique satisfaisant au tableau : était-il possible d’enlever ce voile noir ?

Quelle était l’origine de ce voile noir qui masquait une partie du personnage du tableau ?

Les coupes stratigraphiques et l’imagerie scientifique ont permis d’écarter les hypothèses d’un ajout ou d’un repeint et de confirmer qu’il s’agissait bien d’une dégradation. On observait ici les conséquences du noircissement de la matière elle-même. Il n’était donc

pas possible de l’enlever. Ce phénomène pourrait s’expliquer par une dégradation de l’huile, une huile peut-être trop cuite, ou par la forte présence de siccatifs à base de plomb.

Par contre, les analyses ont révélé l’absence de bitume dont il est pourtant souvent mention dans les archives que j’ai pu consulter au Musée Henner. Ce terme a été trop souvent utilisé de manière impropre. Les analyses effectuées en laboratoire permettent de faire

tomber le mythe du bitume, jugé à tort responsable de l’assombrissement de nombreuses toiles du XIXème siècle.

Quels autres facteurs peuvent expliquer la perte de lisibilité du tableau ?

fig.218

Opération de nettoyage de la couche picturale sous lumière UV

Le second phénomène que j’ai pu observer est une transparence accrue de la couche picturale. Cette évolution rend visible une composition sous-jacente dont la présence a été confirmée par l’imagerie scientifique : la photographie et la réflectographie infrarouge, la radiographie X, et notamment l’imagerie multispectrale qui a permis une observation très poussée des couches inférieures.

C’est ainsi la conjonction de ces deux phénomènes, noircissement et transparence accrue de la couche picturale, qui explique la présence de ce voile noir au niveau de la nymphe et une impression d’augmentation des contrastes.

Quelles interventions avez vous préconisées à l’issue de votre étude scientifique ?

L’intervention de nettoyage a fait l’objet de préconisations très prudentes. L’utilisation d’une méthode d’identification des couches superficielles par spectrométrie de fluorescence UV, non invasive, a en effet permis de révéler la présence d’une couche d’huile teintée sous le vernis. Probablement appliquée par Henner pour donner une tonalité automnale à son œuvre, cette couche s’est révélée très sensible. Le nettoyage de la couche picturale devait donc être exécuté avec une attention toute particulière. Après une série de tests, le travail a été réalisé sous lumière ultraviolette afin de vérifier que seul le vernis était solubilisé, et non la couche teintée qui avait sa propre couleur de fluorescence .

Ensuite, pour estomper la visibilité du voile noir au niveau du corps de la nymphe et atténuer les contrastes les plus gênants, j’ai effectué un travail de réintégration par application de glacis très légers. J’ai voulu mener une intervention minimale pour conserver l’intégrité de la couche picturale.

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Application du vernis

Concernant le support de l’œuvre, la toile était fortement contrainte par l’épaisseur de la couche picturale et par la présence de plomb en quantité élevée dans les composants de la peinture, d’où l’apparition d’importantes déformations différenciées. J’ai ici mené l’intervention la plus réduite possible en privilégiant des mesures conservatoires plutôt que curatives. Je n’ai pas souhaité doubler la toile car son état de conservation ne nécessitait pas l’apport d’une contrainte supplémentaire. Après un traitement en chambre humide puis sur table chauffante à basse pression, j’ai pu résorber ces déformations. La pose d’un doublage aveugle et d’un dos protecteur devraient permettre de réguler les variations climatiques et donc de limiter leur impact sur la toile.

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Traitement sur table chauffante à basse pression

Bénédicte Colly, Les Mystère de la Nymphe Couchée. Étude et conservation-restauration d’une peinture à l’huile sur toile de Jean-Jacques Henner (1887, Patit Palais, Paris). Les apports de la spectrométrie de fluorescence UV et de l’imagerie multispectrale pour la compréhension de la technique picturale, des altération et le contrôle des opération de nettoyage, sous la direction de Claudia Sindaco, Institut National du Patrimoine, 2012

Lire le résumé du mémoire et télécharger l’intégralité du texte sur le site de l’INP

Concert des violoncellistes de l’Ecole Normale de Musique de Paris

mai 2, 2013

Le jeudi 2 mai 2013, le musée Henner a eu le plaisir de recevoir les violoncellistes de la classe de Geneviève Teulières-Sommer de l’École Normale de Musique de Paris pour un concert exceptionnel dans l’un de ses  grands ateliers.

Découvrez quelques images de cette soirée avec Cécile Guillon, Anaïs Reznicek, Diego Cardoso, Erwan Le Guen, Johanna Bolin, Hye Rim Lee, Yi Ling Tsai et leur professeur Geneviève Teulières-Sommer :

 

 Kalie Akel au musée HennerConsacrée principalement aux compositeurs de la fin du XIXème siècle et du début du XXème (Granados, Fitzenhagen, Bruch, Popper, Fauré), cette manifestation a également vu  la création de deux œuvres du brésilien Kalie Akel : Nocturne et Movimento. Violoniste et compositeur formé au Brésil et en France, Kalie Akel puise son inspiration dans le musique traditionnelle brésilienne et comme dans les oeuvres des grands compositeurs des XIXème ou XXème siècles . Ainsi, le thème central de Movimento combine un extrait du Boléro de Ravel et une mélodie traditionnelle brésilienne.

 

 
Le compositeur Kalie Akel au musée Henner

 

 

Rencontre avec Michèle Congé, restauratrice en mission au musée Henner

novembre 13, 2012

Avant d’être présentés au public pour la prochaine exposition du musée Henner Sensualité et spiritualité. À la recherche de l’absolu (16 novembre 2012 – 17 novembre 2013), plusieurs tableaux sortis de l’abondante réserve du musée doivent être restaurés. Le musée a confié cette opération à Michèle Congé, qui nous explique ses interventions pour la remise en valeur d’une trentaine d’œuvres.

Michèle Congé 2

Quels sont les objectifs de cette campagne de restauration au musée Henner ?

Il s’agit de rendre aux œuvres leur lisibilité, en vue de l’exposition à venir. Les tableaux provenant des réserves sont souvent encrassés, le vernis a jauni ou s’est opacifié et d’éventuelles retouches anciennes ont viré. Les opérations concerneront la couche picturale uniquement, étant donné que les supports ne présentent pas de déformations qui auraient justifié de faire appel à un restaurateur spécialisé dans ce domaine. En effet, la majorité des tableaux, issue du fonds d’atelier, possède une histoire relativement stable, d’autre part, dans la mesure où la conservation des œuvres n’est pas mise en cause, nous préférons laisser les supports en l’état, avec leurs imperfections; cette démarche s’apparentant davantage à l’esprit de l’atelier de Henner et à la liberté avec laquelle il traitait lui-même ses travaux.

Quelles sont les étapes de votre intervention ?

De façon générale, les étapes suivantes seront observées. Elles pourront être modulées en fonction des besoins et des particularités de chaque œuvre.

On commence par un dépoussiérage soigné, face et revers, et si le tableau est sur toile, du châssis et de ses clefs. En effet, les poussières sont acides et captent l’humidité. Les enlever est donc une étape incontournable de la restauration.

Le nettoyage en lui-même peut se dérouler différemment selon l’état de la surface. Il existe au musée de nombreux tableaux non vernis (esquisses, études préparatoires) destinés aux recherches picturales de l’artiste et qui ne sont jamais sortis de son atelier. En l’absence de vernis, l’utilisation de produits aqueux suffit à obtenir un niveau de nettoyage satisfaisant. Lorsqu’un tableau est verni, après le décrassage on procède à un allégement à l’aide de solvants. Les vernis jaunis, assombris ou rendus opaques par le vieillissement changent la lecture des œuvres. La perception des couleurs est faussée, les tons clairs s’obscurcissent et les tons sombres perdent leur profondeur. En conséquence, les couleurs et les contrastes s’estompent, affaiblis par l’uniformisation due au vernis altéré.

On cherche alors à rétablir les justes rapports de tons en allégeant le vernis, c’est-à-dire en l’amincissant pour n’en laisser qu’une très fine couche afin de révéler les caractéristiques de l’œuvre sans aller, par mesure de précaution, jusqu’à la couche picturale elle-même.

Les jeux de valeurs retrouvés après nettoyage sont particulièrement significatifs des recherches picturales de Henner, pour qui la mise en place de figures claires sur des fonds sombres et profonds constitue l’une des préoccupations majeures. La compréhension de l’œuvre et la démarche artistique du peintre sont ainsi restituées.

On effectue ensuite une réintégration picturale (ou retouche) par exemple lorsque le nettoyage a éliminé d’anciennes restaurations qu’il faut reprendre ou sur d’éventuelles petites lacunes préalablement comblées par un mastic. Des usures peuvent aussi sembler trop présentes.

L’attitude générale, et notamment ici au musée Henner, est de n’intervenir que si les usures perturbent l’appréciation visuelle. On s’attache alors à les rendre moins apparentes, à les calmer plutôt qu’à les masquer totalement, considérant qu’elles relèvent du vieillissement naturel d’une œuvre. Les retouches se limitent aux manques, sans jamais déborder sur la peinture originale. Un vernis est posé avant et après l’intervention picturale, à l’exception des tableaux non vernis à l’origine. Tous les matériaux utilisés, réversibles, pourront être aisément enlevés si nécessaire lors d’une restauration future.

Comment les décisions d’intervention sont-elles prises?

La nature et le degré des interventions à mener se décident en dialogue permanent avec la directrice du musée, Madame Lavallée. Ainsi, il a été choisi de présenter l’un des tableaux de l’exposition Le Christ mort (1873-1876 / JJHP 198) sans aucune retouche après nettoyage en raison du caractère extrêmement lacunaire du visage du Christ. En l’absence de photos anciennes, la réintégration picturale risquait d’être trop subjective. Pour garder la cohérence de cette option, aucune autre retouche n’a été effectuée sur l’œuvre. Ce type de dégradation est rare au musée, la grande majorité des tableaux possédant un bon état général de conservation.

Pour le restaurateur, quelles sont les particularités des tableaux de Henner ?

Ces tableaux sont délicats à restaurer car Henner utilise beaucoup de pigments sombres, les plus fragiles et sensibles aux solvants, souvent apposés à l’aide de couches riches en huile ou mêlées à des vernis. Cette pratique picturale requiert ainsi une grande prudence lors du nettoyage afin de bien identifier la nature des différentes strates et n’enlever que le vernis superficiel.

Henner peut aussi travailler par superpositions, faire voisiner des zones d’épaisseurs variables, certaines très minces, d’autres plus épaisses, repeindre sur l’une de ses compositions ou revenir plusieurs années après sur une œuvre. Il s’agit alors de déterminer si ces ajouts sont de la main du peintre. Le Christ mort et les Saintes Femmes (1849 et 1884-1885 / JJHP 1936-7) offre à cet égard un exemple particulièrement troublant. La présence de peinture, posée directement sur la toile, à l’emplacement de petites écailles disparues, intriguait. Cette intervention aurait pu s’apparenter à une mauvaise restauration ancienne qui aurait omis de mastiquer ces creux avant la retouche. Cependant, l’observation de la continuité d’une couche picturale sans aucun doute originale autour et à l’intérieur des lacunes a montré le caractère authentique de la peinture dans ces manques.

L’artiste avait donc repris sa composition après que des écailles sont tombées, sans se soucier des différences de niveau ainsi crées. Témoins d’une des pratiques du peintre, ces petites cuvettes ont été laissées en l’état.

Des éléments peuvent-ils vous aider dans votre travail ?

Les archives du musée (lettres, documents d’époque, etc.) apportent diverses informations sur les techniques souvent singulières de Henner, et le grand nombre d’œuvres conservées couvrant toutes les années de sa production picturale permet d’établir des points de comparaison. Dans les cas incertains, nous avons recours à des examens scientifiques effectués par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), notamment avec des radiographies qui rendent perceptibles des compositions sous-jacentes.

Pour conclure, comment pourriez-vous définir la politique de restauration au musée Henner ?

Les œuvres de Henner sont complexes et présentent souvent des procédés atypiques qui reflètent la personnalité du peintre et son ardeur à créer. C’est pourquoi, en raison de la spécificité et la fragilité de ces œuvres, le musée a choisi de privilégier des interventions minimales, axées sur la conservation, tout en cherchant à mettre clairement en évidence les intentions picturales de l’artiste.

« Lautréamont et Marcel Schwob », lecture par Jérémie Le Louët

septembre 7, 2012

Le jeudi 6 septembre 2012, le musée Henner accueillait Jérémie Le Louët (comédien) et Simon Denis (son et régie), de la Compagnie des Dramaticules, pour une lecture d’un extrait des Chants de Maldoror de Lautréamont suivi du conte de Marcel Schwob Le Roi au masque d’or. Jérémie Le Louët a proposé une interprétation personnelle et passionnée de ces deux textes, représentatifs de la créativité littéraire au XIXème siècle. Le contraste fut saisissant entre la violence de l’oeuvre de Lautréamont et la force de l’esthétique symboliste du récit de Schwob. La lecture s’est prolongée par une discussion riche entre le comédien et les spectateurs.

Voici quelques photos de cette soirée :

Ateliers pour enfants dans l’atelier d’un peintre

juillet 5, 2012

Les parcours-ateliers de dessin que le musée Jean-Jacques Henner propose depuis mars 2012 permettent aux enfants de 5 à 13 ans de s’essayer au dessin et de découvrir d’une manière originale notre maison d’artiste comme nos collections.

A l’issu d’un parcours dans le musée, ils sont invités à créer de véritables œuvres autour d’un thème proposé à chaque séance : le paysage, le portrait d’enfant, les carnets de voyage…

Découvrez les œuvres réalisées lors des précédents ateliers :

 

Les prochains ateliers-parcours de dessin au musée Henner :

Dimanche 21 octobre : « La Demeure d’un peintre »14h-15h30 pour les 5-7 ans, 16h-17h30 pour les 8-13 ans

Dimanche 18 novembre : « Carnets de voyage », 14h-15h30 pour les 5-7 ans, 16h-17h30 pour les 8-13 ans.

Dimanche 16 décembre : « Portraits d’enfants » 14h-15h30 pour les 5-7 ans

« Le Corps dessiné », 16h-17h30 pour les 8-13 ans.

Pour en savoir plus

Réservation : publics@musee-henner.fr

 

« Les Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques »

juin 11, 2012

Le 7 juin 2012, le musée Henner accueillait une lecture, en présence de l’auteur, des « Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques » de Olivier Dhénin.  Les comédiens, Jérémie Bédrune, Sandra Giguet, Hélène Liber, Guillaume Ravoire et Antoine Rosenfeld ont interprété ces deux textes inspiré du tableau de Hugo Simberg L’Ange Blessé et d’un lied de Brahms, Von Verwundeten Knaben. Ils furent accompagnées pas la musique de Johannes Brahms et de Paul Hindemith, interprétée par Andrii Malakhov, Pauline Lazayres et le quatuor Phébus.

Voici quelques photos pour se remémorer cette très belle manifestation :

Entretien avec Olivier Dhénin, auteur de « Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques »

juin 5, 2012

« Des personnages tchékhoviens dans l’univers d’Edward Bond »

Musicien, poète et dramaturge, Olivier Dhénin dirige, le jeudi 7 juin 2012 à 17h et 19h, la lecture de ses « Feuillets d’Audelin » au musée Henner. Ce poème dramatique pour cinq comédiens, mis en musique, explore les motifs ancestraux du conte.

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Olivier Dhénin | © Jean-Baptiste Martial

Les Trois Coups. — Quelle place prennent les Feuillets d’Audelin dans votre parcours artistique ?

Olivier Dhénin. — Les Feuillets d’Audelin constituent un triptyque composé d’Audelin-Nid d’oiseaux, de Ce dont Audelin rêva, et de Suite lyrique. Ils forment une variation autour d’un même motif : dans un monde désolé, un garçon blessé annonciateur d’un drame est découvert. Réemployant les thèmes ancestraux du conte merveilleux, les différentes pièces des Feuillets d’Audelin ont été écrites comme l’on agence un puzzle : une image issue d’un film de Pasolini, un lied emprunté à Brahms évoquant le garçon blessé, un univers repris à un tableau symboliste d’Hugo Simberg, l’Ange blessé

Les différents volets de ce triptyque ne se suivent pas et ne sont jamais tout à fait achevés : ce sont à proprement parler des « feuillets ». Des éléments, voire certaines phrases, sont repris de l’un à l’autre, mais dans des contextes différents. Les deux premiers volets, par exemple, se déroulent dans une forêt ancestrale dévastée tandis que le troisième volet se situe dans une ville sinistre et bétonnée. L’univers demeure postmoderne. À la différence de mes précédentes pièces, comme Ricercare ou Cendres, l’unité des Feuillets d’Audelin ne tient pas tant à une dramaturgie qu’à la poésie. Le sens de la pièce demeure peu compréhensible si l’on cherche un argument logique, car la résolution des scènes est à chaque fois suspendue juste avant toute révélation. Je me suis laissé guider avant tout par l’inspiration poétique.

 

Les Trois Coups. Vous travaillez une veine onirique et un style lyrique. Quelles sont vos inspirations ?

Olivier Dhénin. — Je m’inspire du postulat de Sarah Kane dans Manque. L’un de ses personnages confie : « Je n’ai pas la musique. J’aurais tellement aimé avoir la musique, mais je n’ai que les mots. ». Un opéra sans musique, voici ce que j’ai tenté… même si la musique du compositeur anglais Paul Hindemith accompagne l’ensemble ; l’âpreté des instruments à cordes donne du relief à des ombres.

En réalité, j’ai voulu excéder la dramaturgie classique. D’où un travail extrêmement lyrique. On pourrait dire qu’Audelin constitue un « poème dramatique ». La poésie est exacerbée et la narration décentrée. Des personnages fantomatiques se parlent sans forcément s’écouter. L’intérêt ne portent pas tant sur eux que sur leurs actions. Ce triptyque repose ainsi sur la polyphonie : une kyrielle de petites actions pallient l’absence d’action principale, qui doit être recomposée par le spectateur. Il n’existe, par ailleurs, pas de psychologie de personnage ; seul se dégage ainsi un « sentiment » ou une « idée ». Comptent avant tout les mots. Seules les paroles prononcées permettent de cerner des esquisses de caractères. Les personnages sont tchékhoviens dans un univers à la Edward Bond, en somme.

 

Les Trois Coups. — Quel avenir pour Audelin ?

Olivier Dhénin. — Ce dont Audelin rêva a déjà été monté en 2010, avec les stagiaires de l’académie lyrique de Rochefort, que je dirige depuis douze ans. Le troisième volet du triptyque, Suite lyrique, sera présenté cet été, du 27 au 29 juillet.  Je prépare aussi, pour l’académie cet été, un montage de texte du poète Georg Trakl soutenu par une cantate de Bach.

Je m’apprête, par ailleurs, à monter la Fête étrange, une pièce d’après Alain?Fournier, interprétée par des jeunes de l’académie et des comédiens professionnels, à l’occasion du centenaire du Grand Meaulnes. Elle se jouera à Bourges et à Paris l’an prochain. Je songe enfin à adapter pour la scène une nouvelle de Henry James, Owen Wingrave, complétée de textes de Gunther Anders… Les projets sont nombreux !

 

Propos recueillis par Cédric Enjalbert pour Les Trois Coups (www.lestroiscoups.com)

Entretien reproduit dans ce blog avec l’aimable autorisation de Cédric Enjalbert et du site Les Trois Coups, le journal quotidien du spectacle vivant.


Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques, d’Olivier Dhénin

Musique de Paul Hindemith

Direction : Olivier Dhénin

Comédiens : Jérémie Bédrune, Sandra Giguet, Hélène Liber, Guillaume Ravoire, Antoine Rosenfeld

Musiciens : Andreï Malakhov (alto), Pauline Lazayres (soprano et contrebasse), Quatuor Phébus

www.winterreise.fr

Le 7 juin 2012 à 17 h et 19h

Musée national Jean-Jacques Henner • 43, avenue de Villiers • 75017 Paris

Accueil, informations, réservations : 01 47 63 42 73

www.musee-henner.fr

Durée : 1 heure

Jeu de nymphes

mars 7, 2012

Il y a quelques jours, le musée national Jean-Jacques Henner proposait une nocturne toute particulière autour d’un nouveau dispositif multimédia.. En partenariat avec l’agence Mosquito, vous avez pu composer des tableaux à la manière de Henner à l’aide d’un iPad ou d’un « clavier à nymphes ».

De belles créations sont nées et nous étions là pour les photographier :

Jeu de nymphes, créez vos propres compositions

février 27, 2012

Jeudi prochain, venez participer à la prochaine nocturne du musée national Jean-Jacques Henner à partir de 18h30 et créez vos propres tableaux ! 

Apprenez les astuces de Henner pour créer des compositions idéales et confrontez vous à la dure intégration de figures dans un paysage. A l’aide d’un orgue à nymphes ou naïades, vous pourrez ainsi expérimenter ce qu’est la composition d’une manière ludique et agréable. 

En partenariat avec l’agence Mosquito, vous pourrez en savoir plus sur la recherche de composition faite par l’artiste tout au long de sa vie, de l’Italie aux paysages d’Alsace, en passant par l’intégration de personnages dans ces paysages réels, rêvés ou idylliques. Une animation courte présentera ainsi les grands tableaux de Henner ainsi que les différentes études qu’il a pu faire pour intégrer ses figures dans un paysages. Cela donnera ainsi des indications de lecture ou des citations de l’artiste. 

Dans un second temps, nous vous invitons à partir à la recherche de la composition idéale en intégrant des personnages, nymphes ou naïades, dans des paysages. L’orgue à nymphes et un écran seront alors vos meilleurs alliés !

Rendez-vous le jeudi 1er mars 2012 de 18h30 à 20h30

7€ tarif plein, 5€ tarif réduit, gratuités applicables aux musées nationaux.

Exposition « De l’impression au rêve »

janvier 28, 2012

A partir du 1er février et jusqu’au 2 juillet 2012, le musée national Jean-Jacques Henner présente sa nouvelle exposition intitulée : « De l’impression au rêve. Paysages de Henner ».

C’est une histoire de paysage, de composition, de personnages, d’univers rêvé…Autour de plus de quatre-vingt-dix peintures et dessins sortis de ses réserves et restaurés, cette exposition nous plongera dans l’univers de l’artiste au fil de ses voyages et des années. De Rome à l’Alsace en passant par la campagne italienne, sa vision onirique transforme la réalité en tableaux dans lesquels on rêve de plonger.

Accompagnés de nus bucoliques, nus idylliques, nymphes et autres naïades ces paysages révèlent cette Alsace perdue qui reste dans son coeur ou encore cette Italie qui l’a tant fasciné.

Autour de l’exposition, le musée national Jean-Jacques Henner vous invite à découvrir l’exposition à travers une visite-conférence d’Isabelle de Lannoy (historienne de l’art, auteur du Catalogue raisonné de Jean-Jacques Henner) le 2 février à 18h30 et le 4 février à 15h.
Vous pourrez aussi découvrir le travail de composition et de construction des oeuvres de Jean-Jacques Henner à travers une installation multimédia où jeu se mêle avec fascination lors de la nocturne du jeudi 1er mars de 18h30 à 20h30. Cette nocturne est organisée en collaboration avec l’agence Mosquito.
La soirée du 5 avril sera musicale au musée Henner avec un concert des étudiants de l’Ecole Normale de Musique de Paris autour des oeuvres de Claude Debussy et d’Arnold Schönberg.
Les enfants pourront aussi apprécier l’exposition autour d’un parcour-atelier présenté les dimanches 18 mars, 15 avril, 20 mai et 17 juin de 15h à 16h30.

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