Quand Henner rencontre Ingres

décembre 2, 2009

« C’était à l’École Il y paraissait très rarement; aussi sa venue était-elle un évènement Quand il parut, tout le monde retint sa respiration et regarda de tous ses yeux: c’était comme si un empereur était entré. Je le vois encore, ce petit homme trapu, vêtu d’une redingote qui lui tombait jusqu’aux pieds. Tout d’un coup, il tendait les deux bras vers le modèle [...]; il avait l’air d’un prêtre qui officie. – « Oh! s’écria-t-il, regardez ce deltoïde ! Regardez comme c’est beau! ». Puis, il se mit à corriger les dessins des élèves. Il commença par l’autre bout; à mesure qu’il approchait de ma place, je me sentais trembler. Enfin, il arriva derrière moi; [...] je n’ai jamais oublié la leçon muette qu’il me donna. [...] Après le départ d’Ingres, je me mis à dessiner la rotule, en regardant bien la forme et la manière dont les muscles s’emmanchent. »

Jean-Jacques Henner, 8 janvier 1880

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

ingres.valpincon-bather

La Baigneuse de Valpinçon, 1808, Paris, Musée du Louvre

Henner et la musique

octobre 28, 2009

« Les goûts d’Henner en musique sont analogues par un point à ses goûts en peinture.[…] Il a entendu une fois la Symphonie pastorale; la première partie l’a ravi par ses douces impressions de campagnes, mais le reste lui a paru horriblement long et fatiguant. Notre ami ne comprend pas que l’on puisse écouter sans lassitude toute une symphonie. Il aime la musique très simple. Beethoven est trop compliqué pour lui. Il écoute volontiers quelques petits fragments de Glück, de Haydn, de Lulli, de Rameau. Les complications modernes le déroutent complètement. »
28 novembre 1881 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)


Haydn Theresienmesse
envoyé par jodeld112. – Clip, interview et concert.

L’atelier de Jean-Jacques Henner

octobre 22, 2009

Promenez-vous sur les traces de Jean-Jacques Henner et découvrez, à la place du fameux Folie’s Pigalle, l’atelier de l’artiste au 11, place Pigalle où Manet et Degas le visitaient.
Les choses ont évidemment bien changées, mais avec un peu d’imagination, nous pouvons voir les modèles aller et venir dans cet immeuble de la place Pigalle, les amis et les artistes passer et s’arrêter pour admirer les oeuvres et le fort tempérament de Jean-Jacques Henner.
Faites quelques pas sur la rue Pigalle et imaginez Jean-Jacques Henner rentrer de ses dîners bourgeois, la pipe au bec, enter par cette grande porte au 41, rue La Bruyère.

Pour vous aider, voici quelques images de l’artiste dans son atelier…
41, rue La BruyèreHenner_atelier1.jpgHenner_atelier2
© musée national Jean-Jacques Henner

Le régime de l’artiste

octobre 19, 2009

« Depuis quelques temps je ne déjeune plus. Je prends un œuf cru le matin. Quelques fois, à midi je mange un petit pain. Je me trouve très bien de ce régime. On travaille mieux quand on n’a pas l’estomac chargé. »

Jean-Jacques Henner, 20 février 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Par contre, si on en croit ses agendas, il est rare qu’il ne soit pas invité à dîner le soir ! De plus, Jean-Jacques Henner faisait aussi parti d’un « club » d’alsaciens qui se réunissaient tous les 3ème lundi du mois de novembre à juin à Paris autour d’un bon repas : L’Alsace à Table.

alsaceatable

Nous avons retrouvé dans son agenda une note à la date du 16 mars 1903 « Soirée chez Madame XX  à 9 heures. Musique et comédie. 5 avenue de Villiers » que nous avons tout de suite rapproché d’une affiche pour une soirée musicale à la même date; Deux documents exclusifs qui vous montrent à quel point les liens étaient forts entre alsaciens parisiens et combien ils n’avaient pas le temps de s’ennuyer vu le programme !

© musée national Jean-Jacques Henner

16mars1903

agenda16mars1903

« Depuis quelques temps je ne déjeune plus. Je prends un œuf cru le matin. Quelques fois, à midi je mange un petit pain. Je me trouve très bien de ce régime. On travaille mieux quand on n’a pas l’estomac chargé. »

Jean-Jacques Henner, 20 février 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Par contre, si on en croit ses agendas, il est rare qu’il ne soit pas invité à dîner le soir ! (cf photo de l’agenda de 1883)

Henner et les romans

octobre 15, 2009

« Je n’ai pas eu le temps de lire beaucoup de romans. J’en ai lu pourtant trois ou quatre autrefois : Madame Bovary, Fanny, Sous les Tilleuls et la Daniella de George Sand, qui se passe à Frascati. J’ai lu ce roman sur les lieux mêmes où l’auteur l’a écrit. »

Jean-Jacques Henner, 18 novembre 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Si vous devenez vraiment passionné de Jean-Jacques Henner, je vous propose de (re)lire ces quatre classiques et pourquoi pas, vous rendre à Frascati pour ressentir l’œuvre plus intensément…

En Italie, Henner aimait aussi lire les Promenades dans Rome de Stendhal, Rome contemporaine d’Edmond About et Les Derniers jours de Pompéi de Bulwer-Lytton, ouvrages dont il conseillait la lecture à ses correspondants. Il écrivait à son frère : « Je sens de plus en plus, que je n’ai presque rien lu. Et on en a tant besoin et ma peinture s’en ressentira toujours. Je me laisserai toujours plus entraîner par le charme de la couleur, et l’exécution que par l’idée et tout cela parce que je n’ai pas su former mon goût par la lecture » (Lettre manuscrite de Jean-Jacques Henner à Grégoire Henner, Rome, 8 décembre 1860, Paris, MNJJH).

bovary2

Madame Bovary « elle marchait les yeux à terre, frôlant les murs, et souriant de plaisir » Flaubert (exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1909), Hochard Gaston (vers 1863-1913), Vizzavona François Antoine (1876-1961), (C) RMN / François Vizzavona