Henner, « petite main » d’un portraitiste

juillet 26, 2011

Autoportrait d'Henner

Autoportrait d'Henner

Après avoir échoué au Grand Prix de Rome de 1857, Henner se voit privé de la subvention annuelle de cinq cents francs que le Conseil Général du Haut Rhin lui allouait depuis deux ans. Pour renflouer un peu ses maigres économies, il se fait embaucher par un portraitiste. A temps perdu le soir, il travaille donc aux mains, aux vêtements et aux fonds des portraits. Il gagne ainsi de trois à dix francs par jour. Ce travail a pour principaux avantages de lui éviter de se disperser et même de se concentrer sur sa peinture en journée.

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Autour de sa palette et de l’esquisse

juillet 22, 2011

 

Palette

Palette

« Tout ce que j’ai fait jusqu’ici en peinture est lourd et terne, parce que j’employais du noir pour les chairs ; c’est une couleur que j’ai complètement bannie de ma palette. Je fais aussi plus harmonieux… […] Pour peindre les chairs, il faut éviter d’employer le noir, ainsi que toute espèce de couleur lourde et terreuse, employer en général aussi peu de noir que possible, indiquer l’ombre et la lumière d’une manière simple et harmonieuse. Dans une esquisse, surtout ne pas mettre de petites choses dures, ne pas faire des ombres trop tranchées, éviter de faire des lumières blanches et farineuses. Faire tout ce qui est chair, une gamme légère. Ne pas mettre des couleurs pures qui donnent toujours de la crudité. Tâcher que l’aspect de l’ensemble soit d’une gamme à peu près égale et harmonieuse ; en un mot, éviter autant que possible les duretés».

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

A propos de son retour de chasse

juillet 9, 2011

renard

« Henner est revenu hier dimanche de son pays natal. Il a tué deux renards, quelques lièvres, etc…Il chasse au chien courant, sous bois. Un chasseur à qui il racontait ce détail devant moi lui a fait observer qu’on ne chasse guère sous bois avant que les arbres et les arbustes ne soient dégarnis de feuilles. Henner lui a répondu qu’il allait en forêt, parce qu’il découvrait à chaque pas des points de vue superbes qu’il n’aurait pas pu admirer autrement. Il n’a jamais eu la prétention d’être un bon chasseur; s’il a rencontré deux renards, c’est bien par hasard. »

(Entretiens de JJ Henner par Emile Durand-Gréville, 10 octobre 1879)

L’histoire du tableau « La Mort de Saphira, femme d’Ananie »…

juin 12, 2011

La Mort de Saphira, femme d'Ananie, peinte pour le Grand prix de 1855 par Jean-Jacques Henner
La Mort de Saphira, femme d’Ananie, peinte pour le Grand prix de 1855 par Jean-Jacques Henner

Aujourd’hui, évoquons un tableau assez particulier. Ce tableau d’Henner doit certainement surprendre l’œil des amateurs du peintre des rousses : il s’agit d’une composition qui montre beaucoup de mouvement et un dialogue entre chacune des figures représentées. Cette composition contraste avec les figures isolées, voire esseulées dépeintes par l’artiste dans la grande majorité de ses œuvres. Et pour cause…
La Mort de Saphira est le sujet du premier essai pour le concours du Grand prix de 1855. Vingt candidats avaient été choisis et Henner, dixième, avait pu exécuter l’esquisse demandée. Il ne fut pas admis pour le sujet définitif. Henner en parla à son maître. Voici un extrait de la lettre qu’il lui adressa entre le 21 avril et le 6 mai 1855 :

« J’ai fait le concours ; j’ai fait une bonne composition, mais faible d’exécution, et c’est tout. Le sujet était : « La mort de Saphira, femme d’Ananie devant Saint Pierre ». J’aurais à recommencer, je ne saurais le faire autrement  […] Cela ne me fait rien d’être refusé ; j’ai fait selon mon sentiment et je suis content. Presque toutes les autres esquisses se ressemblent comme vêture et comme arrangement : on les dirait faites sur le même moule : Eh bien ! Je ne voudrais pas les avoir faites, la mienne parait originale, parce qu’elle est simple ; c’était exposé hier. M. Flandrin, un grand peintre est allé les voir avec M. Laurens ; il a été très content de ma composition ».

Jean-Jacques Henner I,  La jeunesse d’un  peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin, page 38.

Quand Henner rencontre Ingres

décembre 2, 2009

« C’était à l’École Il y paraissait très rarement; aussi sa venue était-elle un évènement Quand il parut, tout le monde retint sa respiration et regarda de tous ses yeux: c’était comme si un empereur était entré. Je le vois encore, ce petit homme trapu, vêtu d’une redingote qui lui tombait jusqu’aux pieds. Tout d’un coup, il tendait les deux bras vers le modèle [...]; il avait l’air d’un prêtre qui officie. – « Oh! s’écria-t-il, regardez ce deltoïde ! Regardez comme c’est beau! ». Puis, il se mit à corriger les dessins des élèves. Il commença par l’autre bout; à mesure qu’il approchait de ma place, je me sentais trembler. Enfin, il arriva derrière moi; [...] je n’ai jamais oublié la leçon muette qu’il me donna. [...] Après le départ d’Ingres, je me mis à dessiner la rotule, en regardant bien la forme et la manière dont les muscles s’emmanchent. »

Jean-Jacques Henner, 8 janvier 1880

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

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La Baigneuse de Valpinçon, 1808, Paris, Musée du Louvre

Henner et la musique

octobre 28, 2009

« Les goûts d’Henner en musique sont analogues par un point à ses goûts en peinture.[…] Il a entendu une fois la Symphonie pastorale; la première partie l’a ravi par ses douces impressions de campagnes, mais le reste lui a paru horriblement long et fatiguant. Notre ami ne comprend pas que l’on puisse écouter sans lassitude toute une symphonie. Il aime la musique très simple. Beethoven est trop compliqué pour lui. Il écoute volontiers quelques petits fragments de Glück, de Haydn, de Lulli, de Rameau. Les complications modernes le déroutent complètement. »
28 novembre 1881 – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)


Haydn Theresienmesse
envoyé par jodeld112. – Clip, interview et concert.

L’atelier de Jean-Jacques Henner

octobre 22, 2009

Promenez-vous sur les traces de Jean-Jacques Henner et découvrez, à la place du fameux Folie’s Pigalle, l’atelier de l’artiste au 11, place Pigalle où Manet et Degas le visitaient.
Les choses ont évidemment bien changées, mais avec un peu d’imagination, nous pouvons voir les modèles aller et venir dans cet immeuble de la place Pigalle, les amis et les artistes passer et s’arrêter pour admirer les oeuvres et le fort tempérament de Jean-Jacques Henner.
Faites quelques pas sur la rue Pigalle et imaginez Jean-Jacques Henner rentrer de ses dîners bourgeois, la pipe au bec, enter par cette grande porte au 41, rue La Bruyère.

Pour vous aider, voici quelques images de l’artiste dans son atelier…
41, rue La BruyèreHenner_atelier1.jpgHenner_atelier2
© musée national Jean-Jacques Henner

Le régime de l’artiste

octobre 19, 2009

« Depuis quelques temps je ne déjeune plus. Je prends un œuf cru le matin. Quelques fois, à midi je mange un petit pain. Je me trouve très bien de ce régime. On travaille mieux quand on n’a pas l’estomac chargé. »

Jean-Jacques Henner, 20 février 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Par contre, si on en croit ses agendas, il est rare qu’il ne soit pas invité à dîner le soir ! De plus, Jean-Jacques Henner faisait aussi parti d’un « club » d’alsaciens qui se réunissaient tous les 3ème lundi du mois de novembre à juin à Paris autour d’un bon repas : L’Alsace à Table.

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Nous avons retrouvé dans son agenda une note à la date du 16 mars 1903 « Soirée chez Madame XX  à 9 heures. Musique et comédie. 5 avenue de Villiers » que nous avons tout de suite rapproché d’une affiche pour une soirée musicale à la même date; Deux documents exclusifs qui vous montrent à quel point les liens étaient forts entre alsaciens parisiens et combien ils n’avaient pas le temps de s’ennuyer vu le programme !

© musée national Jean-Jacques Henner

16mars1903

agenda16mars1903

« Depuis quelques temps je ne déjeune plus. Je prends un œuf cru le matin. Quelques fois, à midi je mange un petit pain. Je me trouve très bien de ce régime. On travaille mieux quand on n’a pas l’estomac chargé. »

Jean-Jacques Henner, 20 février 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Par contre, si on en croit ses agendas, il est rare qu’il ne soit pas invité à dîner le soir ! (cf photo de l’agenda de 1883)

Henner et les romans

octobre 15, 2009

« Je n’ai pas eu le temps de lire beaucoup de romans. J’en ai lu pourtant trois ou quatre autrefois : Madame Bovary, Fanny, Sous les Tilleuls et la Daniella de George Sand, qui se passe à Frascati. J’ai lu ce roman sur les lieux mêmes où l’auteur l’a écrit. »

Jean-Jacques Henner, 18 novembre 1881

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Si vous devenez vraiment passionné de Jean-Jacques Henner, je vous propose de (re)lire ces quatre classiques et pourquoi pas, vous rendre à Frascati pour ressentir l’œuvre plus intensément…

En Italie, Henner aimait aussi lire les Promenades dans Rome de Stendhal, Rome contemporaine d’Edmond About et Les Derniers jours de Pompéi de Bulwer-Lytton, ouvrages dont il conseillait la lecture à ses correspondants. Il écrivait à son frère : « Je sens de plus en plus, que je n’ai presque rien lu. Et on en a tant besoin et ma peinture s’en ressentira toujours. Je me laisserai toujours plus entraîner par le charme de la couleur, et l’exécution que par l’idée et tout cela parce que je n’ai pas su former mon goût par la lecture » (Lettre manuscrite de Jean-Jacques Henner à Grégoire Henner, Rome, 8 décembre 1860, Paris, MNJJH).

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Madame Bovary « elle marchait les yeux à terre, frôlant les murs, et souriant de plaisir » Flaubert (exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1909), Hochard Gaston (vers 1863-1913), Vizzavona François Antoine (1876-1961), (C) RMN / François Vizzavona

La Pipe du Président

octobre 10, 2009

Aujourd’hui j’aimerais vous raconter une anecdote assez étonnante dont nous avons réussi à rassembler plusieurs éléments au sein des archives du musée pour la rendre encore plus « réelle».

Jean-Jacques Henner était à la fin du XIXe siècle de ces hommes qui ne sortaient jamais sans sa pipe et qui n’avaient que pour ombre l’odeur acre de leur tabac. Le musée dispose d’une belle collection de pipes lui ayant appartenu et certaines d’entre elles méritent plus d’attention que les autres.

C’est en feuilletant la revue de presse de l’époque que nous avons trouvé une coupure de journal datée du 7 juillet 1898 se moquant du Président Félix Faure lorsqu’il a offert à Jean-Jacques Henner une pipe en démontable en 3 morceaux. Je vous laisse apprécier l’humour de l’époque…(La Petite République, 7 juillet 1896) :

pipeffaure

L’anecdote prend tout son intérêt dans la probable découverte de la fameuse pipe démontable en 3 morceaux :

Pipe en bois en 3 pièces - FFaure

Pour finir, sachez que le Président Félix Faure s’est éteint quelques mois plus tard (le 16 février 1899). La presse de l’époque raconte que sa mort a soit disant été causée à cause d’une « pipe ». Si vous voulez en savoir plus, la page Wikipédia donne tous les détails.

© musée national Jean-Jacques Henner

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