Henner copiste…. de Filippo Lippi

août 16, 2011

 

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

A l’occasion d’un séjour  d’une semaine dans la ville italienne de Prato, en compagnie de De Conninck, Henner copia une fresque de Lippi, conservée dans la cathédrale de la ville. En date du 29 juillet 1860 il relate dans son journal quelques difficultés techniques.

« […] Nous rentrons de Prato avec De Conninck, où nous avons passé toute la semaine à faire une copie de cette belle peinture de Filippo Lippi. J’avais pris du papier trop gros et je n’avais pas d’huile blanche et des pinceaux extrêmement usés ; je me suis bien promis de me rappeler de cela ; la peinture est déjà assez difficile, quand on a les meilleurs moyens possibles, les outils les plus commodes, pour qu’on n’ait pas besoin de se créer des difficultés soi-même. Je ne fais pas assez la simple masse ; je me laisse toujours trop emporter par le creux des ombres et les brillants des lumières ; et surtout par la principale chose, la sauvegarde éternelle, le dessin ; je ne peux pas me faire à dessiner avant de peindre. Je me le suis cependant promis, déjà tant de fois. Je n’ai donc pas fait une esquisse aussi bonne que je l’espérais ; c’est égal, cela me donnera toujours un bon souvenir du tableau ».

Puis, quand il adresse sa lettre à une femme, il aborde Filippo Lippi d’une manière bien plus romanesque. Voyez quel récit il livre le même jour à un destinataire féminin :

« Hier soir nous sommes rentrés de Prato, petite ville à quelques lieues de Florence où nous avons passé la semaine à piocher comme des malheureux à faire une esquisse d’une admirable fresque de Filippo Lippi, peintre très grand, qui précédait de beaucoup Raphaël et qui est presqu’inconnu ailleurs qu’ici.  Il était moine mais à ce qu’il paraît fort peu scrupuleux, car il a enlevé une jeune religieuse et s’est retiré à Spolète où nous avions déjà une de ses peintures et où il est mort empoisonné. L’église de Prato est un bijou, toujours style pisan, marbre vert et noir :ces peintures sont dan le chœur de sorte que avons pu y travailler toute la journée… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).

Le travail pour Viennot

août 9, 2011

Viennot, Portrait de jeune fille en robe rose

Viennot, Portrait de jeune fille en robe rose

« J’ai rencontré ces jours-ci quelqu’un qui a connu Viennot, un peintre du temps de ma jeunesse.[…] Vous savez que je n’étais pas riche en ces temps-là. […] C’était un homme sans aucun talent, mais assez instruit, parlant bien, dont la spécialité était de faire des portraits à l’huile, de grandeur naturelle, d’après des photographies. Je ne sais pas comment il s’arrangeait, mais il obtenait des commandes, non seulement de Paris, mais encore de toute l’Europe et même d’Amérique. Il se réservait les têtes et les mains, et faisait exécuter les vêtements par des élèves beaucoup plus forts que lui. Quand on avait à peindre une croix ou une broche de femme, cela se payait à part, cinq francs. Viennot me donna de l’ouvrage. C’était en 1857, dix-huit mois avant mon prix de Rome. Vous vous imaginez si j’étais heureux. J’aurais pu gagner facilement vingt francs par jour s’il y avait eu de la besogne tout le temps; j’en ai même gagné vingt-cinq. En tous cas ma moyenne était de dix francs. Jamais je n’avais rêvé pareille richesse. Je m’achetais alors une montre ! »…

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 30 décembre 1884)

Le bleu de Léonard…

juillet 23, 2011

« […] Il y a aussi l’Annonciation de Léonard…la robe de la Vierge est d’un bleu…On en boirait, tellement il est beau ! Il y a des gens qui ne savent pas distinguer un bleu d’un autre, ils voient que c’est bleu et rien de plus. Cela ne se raisonne pas, on voit la qualité d’un ton ou on ne la voit pas. Léonard a trouvé des bleus que personne d’autre n’a trouvés ! »

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 26 octobre 1888)

Ses coups de coeur : Raphaël…

juillet 4, 2011

Il place Raphaël au dessus de tous les peintres, et sur ce point, il ne changera pas, encore que les raisons de son culte doivent encore se modifier et s’élargir au fil des années. A peine a-t-il commencé ses pèlerinages artistiques qu’il écrit à Goutzwiller en septembre 1859 :

« Je suis de plus en plus enthousiasmé de Raphaël qui est sans contredit le plus grand artiste. Si vous voyiez ses têtes de la Transfiguration et de la Vierge de Foligno, que c’est beau et que tout fléchit à côté de cela ! … Ses têtes sont vivantes, on en a presque peur. Voilà quelqu’un qui copiait la nature. Personne n’est plus réaliste que lui. Le Titien ne cherchait que le ton. Le Corrège, le flou du modelé. Raphaël faisait ce qu’il voyait sans parti pris et il s’entendait à bien voir».

La Madonne de Foligno, 1511-12, Huile sur bois, 320 x 194 cm, Pinacothèque vaticane

La Madonne de Foligno, 1511-12, Huile sur bois, 320 x 194 cm, Pinacothèque vaticane

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Henner et Titien : le flou et le « léché »

juin 21, 2011

Les talents de copiste de Jean-Jacques Henner peuvent s’observer ici (la première reproduction correspond à l’œuvre de Jean-Jacques Henner, la seconde est celle de Titien):

La Vénus d'Urbin, copie d'après Titien

La Vénus d'Urbin, copie d'après Titien

La Vénus d'Urbin, Titien

La Vénus d'Urbin, Titien

Quand on connaît la peinture de Titien et qu’on a eu la chance de la voir « en vrai »,  puis que l’on découvre la peinture de Henner et qu’on peut observer sa copie du grand maître, on appréhende mieux son univers : la peinture de Henner se caractérise en partie par cet aspect flouté qui parfois va jusqu’à rappeler le sfumato de Léonard. La copie d’une œuvre majeure de Titien brille par le traitement de certains détails qui ne sacrifie rien au style du dernier des romantiques.

Pour l’anecdote, il se trouve que notre cher Henner observait le comportement des visiteurs du musée des Offices ce jour-là, et voilà ce qu’il écrivait le 29 juillet 1860 :

« Cette peinture par son brillant attire tous les yeux, aussi les jeunes filles en se battant contre se retirent en rougissant de voir cette belle femme nue étendue sur un lit de repos. Ce n’est autre chose qu’une certaine duchesse d’Urbin qui a eu le caprice de se faire faire son portrait dans ce costume-là… »

(Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à1864, Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, Editions du Rhin)

L’Erasme d’Holbein

novembre 30, 2009

Tout au long de sa vie, Jean-Jacques Henner n’a cessé d’admirer l’Erasme de Holbein (vers 1523), il décrit ici à quel point ce portrait est pour lui, artistiquement, important.

« Certes, l’oreille est mal attachée, la joue mal étudiée, la pommette trop en arrière; mais tout le profil est d’une beauté extraordinaire. L’œil est modelé dans la perfection; la paupière est bien une paupière de vieillard fatigué: elle tombe lourdement, elle pend presque. Remarquez-vous le contour de la narine comme il se creuse et comme la narine est en relief ? Et cette bouche attentive ! Et cette expression ! Il n’existe pas de portrait plus vivant que celui-là ! »

Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

N’hésitez pas à aller admirer le portrait d’Erasme par Holbein au musée du Louvre.

erasme_holbein

Hans HOLBEIN dit le Jeune – Augsbourg, 1497 – Londres, 1543
Erasme.
© Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

A propos des Noces de Cana de Véronèse

octobre 27, 2009

Je ne peux pas m’intéresser à cette grande toile: il y a trop de détails, mon attention se disperse; je n’ai pas d’impression d’ensemble. Aucun détail n’est dessiné ni modelé dans la manière des maîtres; c’est de la peinture décorative.
Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Si vous souhaitez marcher sur les pas de Jean-Jacques Henner, n’hésitez pas à visiter le musée du Louvre et à (re)découvrir les Noces de Cana de Véronèse (aile Denon, 1er étage, salle de la Joconde, salle 6).

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A propos de l’Antiope d’Antonio ALLEGRI, dit CORRÈGE

octobre 25, 2009

Comme le bleu de la draperie est doux, et le ciel d’un autre bleu plus clair ! Le Corrège n’a jamais employé de noir. Quoi qu’il y ait des parties très sombres dans la draperie et le fond, comme tout cela est blond ! […] Il y a vingt-cinq ans, l’Antiope avait une grande vogue parmi les élèves de l’École. Tout le monde la copiait. J’en ai fait une copie, moi aussi, mais je ne comprenais pas très bien l’admiration des autres. [...] Mais j’ai fini par comprendre tout le charme de cette œuvre, comme qualité de ton, et aussi comme quantité de clairs et d’ombres.
Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
N’hésitez pas à suivre Jean-Jacques Henner dans ses visites du musée du Louvre et à l’écouter vous murmurer ses critiques devant l’œuvre. Rendez-vous au musée du Louvre dans l’aile Denon, 1er étage, Grande Galerie, salle 8 !

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(c) RMN-C.Jean

Quand Henner rencontre Ingres et lui prend son fauteuil

octobre 23, 2009

Jean-Jacques Henner a beaucoup été influé par l’art d’Ingres lors de ses premières études. Il nous raconte l’émotion qu’il a ressenti lors de la première visite d’Ingres à l’Ecole. Ressentez la passion d’un élève envers son maître, l’enthousiasme et le stresse qu’il a pu ressentir….

« C’était à l’École Il y paraissait très rarement; aussi sa venue était-elle un évènement Quand il parut, tout le monde retint sa respiration et regarda de tous ses yeux: c’était comme si un empereur était entré. Je le vois encore, ce petit homme trapu, vêtu d’une redingote qui lui tombait jusqu’aux pieds. Tout d’un coup, il tendait les deux bras vers le modèle [...]; il avait l’air d’un prêtre qui officie. – « Oh! s’écria-t-il, regardez ce deltoïde ! Regardez comme c’est beau! ». Puis, il se mit à corriger les dessins des élèves. Il commença par l’autre bout; à mesure qu’il approchait de ma place, je me sentais trembler. Enfin, il arriva derrière moi; [...] je n’ai jamais oublié la leçon muette qu’il me donna. [...] Après le départ d’Ingres, je me mis à dessiner la rotule, en regardant bien la forme et la manière dont les muscles s’emmanchent. »

Jean-Jacques Henner, 8 janvier 1880

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Le musée national Jean-Jacques Henner garde en son sein le siège de ce cher grand maître qu’est Jean-Auguste Dominique Ingres..Gardé précisément comme témoin du passage d’un grand homme, on dit même que JJ Henner a récupérer la paletter d’Ingres en plus de son siège….

henner_fauteuilingres henner_ingre.jpg© musée national Jean-Jacques Henner

Jean-Jacques Henner, une carrière officielle bien remplie

octobre 22, 2009

Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter la carrière officielle et reconnue de Jean-Jacques Henner comme membre du jury du Salon ou encore comme lauréat de 1ers prix d’expositions universelles.

Henner est un lauréat du Prix de Rome qui a toujours été soucieux de mener une brillante carrière officielle, bien que son art et son caractère auraient voulus le contraire. C’est ainsi qu’il a suivi une certaine ligne tracée par l’Académie en exposant chaque année au Salon et en étant membre du jury parmi d’autres artistes de l’époque jugés « académiques ».

La couverture du numéro du 5 mai 1877 de L’Illustration présente en effet Jean-Jacques Henner en tant que membre du jury du Salon 1877 parmi des artistes tels que Bouguereau, Hébert et Gérôme.

Le musée national Jean-Jacques Henner présente ainsi dans ses collections une sélection des œuvres exposées au Salon telles que Joseph Tournois (1865), Alsacienne dite Eugénie Henner en Alsacienne tenant un panier de pommes (1870), Portrait de Mme*** dite La Femme au parapluie (1874), Le Sommeil (1880), Solitude (1886), Saint Sébastien (1888) et Mme Séraphin Henner (1902).

Connu et reconnu à la fin du XIXe siècle, Jean-Jacques Henner a su trouver sa position dans une société bousculée entre l’Académie et le Salon des Refusés, entre les impressionnistes et les académistes. Il a ainsi reçu des prix du Salon tel que le prix de 1er lauréat de l’Exposition Universelle de 1900.

illustration

1900

© musée national Jean-Jacques Henner

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