Au sujet d’un vitrail de Saint Gervais

novembre 25, 2011

« La couleur est au moins la moitié de la peinture. Depuis quelques temps, je m’intéresse aux vitraux des églises de Paris. Les plus beaux de ton sont antérieurs à la Renaissance. Quelques-uns sont extraordinaires. Un vitrail de Saint-Gervais représente une sainte toute nue, entourée de bêtes féroces, et que des gens regardent. J’ignore quel est en le sujet, mais, comme couleur de chair, le corps de la sainte est d’une beauté inimaginable.[...] Les gens de cette époque ne se doutaient pas qu’ils étaient des coloristes, ils traduisaient leurs impressions, tout bonnement. »

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 16 novembre 1880)


Henner copiste… de Carpaccio

novembre 15, 2011

En tant que coloriste, Henner ne pouvait pas rester insensible à la peinture de tradition vénitienne.

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

 

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Il avait l’habitude de commenter ses impressions dans un carnet. Au sujet de la peinture de Carpaccio, on peut lire le paragraphe suivant :

« Venise, Capraccio, extraordinaire de couleur, de vigueur, de simplicité, de nature, de naïveté. La nature prise sur le fait. Beaucoup de draperies noires, chaudes, tirant sur le vert, des bleus verdâtres d’une richesse inouïe. Les glacis jouent un très grand rôle dans tout cela. Les draperies rouges sont admirables et bien accompagnées des verts avec les noirs. Les noirs tirent presque tous un peu sur le vert. Les figures se détachent sur le fond, ou les unes sur les autres de la manière la plus simple sans noir du coté de la lumière ni rien. Beaux fonds de maisons en silhouette avec des arbres. Beaucoup de cheveux blonds et bouclés. Les têtes, les mains, tout d’un seul beau ton blond. Bonnet noir avec des cheveux extrêmement blonds. Doublure rouge, ornement blanc sur l’étoffe… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Ses coups de coeur : Le Corrège

novembre 7, 2011

 

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Après avoir examiné avec attention la Danaé du Corrège, Henner note :

« C’est peut-être un peu trop argenté […] mais on ne fera jamais plus gras de modelé et plus fin surtout. C’est exécuté avec un soin tout particulier. On ne sait réellement pas comme cela est fait. Les ombres ont de la consistance, comme si cela avait été peint dans la pâte ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Ses coups de coeur : Titien…

octobre 21, 2011

Il est profondément séduit par le Titien. L’amour sacré et l’amour profane a été pour Henner une des toutes premières révélations que devait lui réserver l’Italie.

L'Amour sacré et l'Amour profane, 1514, huile sur toile, 118 x 279 cm Gallerie Borhèse, Rome

L'Amour sacré et l'Amour profane, 1514, huile sur toile, 118 x 279 cm Gallerie Borhèse, Rome

Ce tableau lui apparait comme « la plus belle chose sous le rapport de la vie » :

« Les chairs sont d’une légèreté et d’une largesse d’exécution telle qu’on a peine à distinguer la moindre accentuation ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Ses coups de coeur : Le Caravage…

octobre 18, 2011

La mise au tombeau, 1602-03, Huile sur toile, 300 x 203 cm Pinacothèque vaticane

La mise au tombeau, 1602-03, Huile sur toile, 300 x 203 cm Pinacothèque vaticane

« Voilà un homme qui s’il eut été plus distingué, dans son tableau de la « Mise au tombeau », effacerait presque tous les autres. C’est ce que j’ai vu de plus puissant, de plus empoignant ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Henner copiste…. de Filippo Lippi

août 16, 2011

 

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

Copie d’après Filipo Lippi, 1860, papier collé sur toile, 23x37 cm

A l’occasion d’un séjour  d’une semaine dans la ville italienne de Prato, en compagnie de De Conninck, Henner copia une fresque de Lippi, conservée dans la cathédrale de la ville. En date du 29 juillet 1860 il relate dans son journal quelques difficultés techniques.

« […] Nous rentrons de Prato avec De Conninck, où nous avons passé toute la semaine à faire une copie de cette belle peinture de Filippo Lippi. J’avais pris du papier trop gros et je n’avais pas d’huile blanche et des pinceaux extrêmement usés ; je me suis bien promis de me rappeler de cela ; la peinture est déjà assez difficile, quand on a les meilleurs moyens possibles, les outils les plus commodes, pour qu’on n’ait pas besoin de se créer des difficultés soi-même. Je ne fais pas assez la simple masse ; je me laisse toujours trop emporter par le creux des ombres et les brillants des lumières ; et surtout par la principale chose, la sauvegarde éternelle, le dessin ; je ne peux pas me faire à dessiner avant de peindre. Je me le suis cependant promis, déjà tant de fois. Je n’ai donc pas fait une esquisse aussi bonne que je l’espérais ; c’est égal, cela me donnera toujours un bon souvenir du tableau ».

Puis, quand il adresse sa lettre à une femme, il aborde Filippo Lippi d’une manière bien plus romanesque. Voyez quel récit il livre le même jour à un destinataire féminin :

« Hier soir nous sommes rentrés de Prato, petite ville à quelques lieues de Florence où nous avons passé la semaine à piocher comme des malheureux à faire une esquisse d’une admirable fresque de Filippo Lippi, peintre très grand, qui précédait de beaucoup Raphaël et qui est presqu’inconnu ailleurs qu’ici.  Il était moine mais à ce qu’il paraît fort peu scrupuleux, car il a enlevé une jeune religieuse et s’est retiré à Spolète où nous avions déjà une de ses peintures et où il est mort empoisonné. L’église de Prato est un bijou, toujours style pisan, marbre vert et noir :ces peintures sont dan le chœur de sorte que avons pu y travailler toute la journée… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).

Le bleu de Léonard…

juillet 23, 2011

« […] Il y a aussi l’Annonciation de Léonard…la robe de la Vierge est d’un bleu…On en boirait, tellement il est beau ! Il y a des gens qui ne savent pas distinguer un bleu d’un autre, ils voient que c’est bleu et rien de plus. Cela ne se raisonne pas, on voit la qualité d’un ton ou on ne la voit pas. Léonard a trouvé des bleus que personne d’autre n’a trouvés ! »

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 26 octobre 1888)

Ses coups de coeur : Raphaël…

juillet 4, 2011

Il place Raphaël au dessus de tous les peintres, et sur ce point, il ne changera pas, encore que les raisons de son culte doivent encore se modifier et s’élargir au fil des années. A peine a-t-il commencé ses pèlerinages artistiques qu’il écrit à Goutzwiller en septembre 1859 :

« Je suis de plus en plus enthousiasmé de Raphaël qui est sans contredit le plus grand artiste. Si vous voyiez ses têtes de la Transfiguration et de la Vierge de Foligno, que c’est beau et que tout fléchit à côté de cela ! … Ses têtes sont vivantes, on en a presque peur. Voilà quelqu’un qui copiait la nature. Personne n’est plus réaliste que lui. Le Titien ne cherchait que le ton. Le Corrège, le flou du modelé. Raphaël faisait ce qu’il voyait sans parti pris et il s’entendait à bien voir».

La Madonne de Foligno, 1511-12, Huile sur bois, 320 x 194 cm, Pinacothèque vaticane

La Madonne de Foligno, 1511-12, Huile sur bois, 320 x 194 cm, Pinacothèque vaticane

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Henner et Titien : le flou et le « léché »

juin 21, 2011

Les talents de copiste de Jean-Jacques Henner peuvent s’observer ici (la première reproduction correspond à l’œuvre de Jean-Jacques Henner, la seconde est celle de Titien):

La Vénus d'Urbin, copie d'après Titien

La Vénus d'Urbin, copie d'après Titien

La Vénus d'Urbin, Titien

La Vénus d'Urbin, Titien

Quand on connaît la peinture de Titien et qu’on a eu la chance de la voir « en vrai »,  puis que l’on découvre la peinture de Henner et qu’on peut observer sa copie du grand maître, on appréhende mieux son univers : la peinture de Henner se caractérise en partie par cet aspect flouté qui parfois va jusqu’à rappeler le sfumato de Léonard. La copie d’une œuvre majeure de Titien brille par le traitement de certains détails qui ne sacrifie rien au style du dernier des romantiques.

Pour l’anecdote, il se trouve que notre cher Henner observait le comportement des visiteurs du musée des Offices ce jour-là, et voilà ce qu’il écrivait le 29 juillet 1860 :

« Cette peinture par son brillant attire tous les yeux, aussi les jeunes filles en se battant contre se retirent en rougissant de voir cette belle femme nue étendue sur un lit de repos. Ce n’est autre chose qu’une certaine duchesse d’Urbin qui a eu le caprice de se faire faire son portrait dans ce costume-là… »

(Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à1864, Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, Editions du Rhin)

L’Erasme d’Holbein

novembre 30, 2009

Tout au long de sa vie, Jean-Jacques Henner n’a cessé d’admirer l’Erasme de Holbein (vers 1523), il décrit ici à quel point ce portrait est pour lui, artistiquement, important.

« Certes, l’oreille est mal attachée, la joue mal étudiée, la pommette trop en arrière; mais tout le profil est d’une beauté extraordinaire. L’œil est modelé dans la perfection; la paupière est bien une paupière de vieillard fatigué: elle tombe lourdement, elle pend presque. Remarquez-vous le contour de la narine comme il se creuse et comme la narine est en relief ? Et cette bouche attentive ! Et cette expression ! Il n’existe pas de portrait plus vivant que celui-là ! »

Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre

Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

N’hésitez pas à aller admirer le portrait d’Erasme par Holbein au musée du Louvre.

erasme_holbein

Hans HOLBEIN dit le Jeune – Augsbourg, 1497 – Londres, 1543
Erasme.
© Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

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