L’Erasme d’Holbein
novembre 30, 2009
Tout au long de sa vie, Jean-Jacques Henner n’a cessé d’admirer l’Erasme de Holbein (vers 1523), il décrit ici à quel point ce portrait est pour lui, artistiquement, important.
« Certes, l’oreille est mal attachée, la joue mal étudiée, la pommette trop en arrière; mais tout le profil est d’une beauté extraordinaire. L’œil est modelé dans la perfection; la paupière est bien une paupière de vieillard fatigué: elle tombe lourdement, elle pend presque. Remarquez-vous le contour de la narine comme il se creuse et comme la narine est en relief ? Et cette bouche attentive ! Et cette expression ! Il n’existe pas de portrait plus vivant que celui-là ! »
Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
N’hésitez pas à aller admirer le portrait d’Erasme par Holbein au musée du Louvre.
Hans HOLBEIN dit le Jeune – Augsbourg, 1497 – Londres, 1543
Erasme.
© Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard
A propos des Noces de Cana de Véronèse
octobre 27, 2009
Je ne peux pas m’intéresser à cette grande toile: il y a trop de détails, mon attention se disperse; je n’ai pas d’impression d’ensemble. Aucun détail n’est dessiné ni modelé dans la manière des maîtres; c’est de la peinture décorative.
Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Si vous souhaitez marcher sur les pas de Jean-Jacques Henner, n’hésitez pas à visiter le musée du Louvre et à (re)découvrir les Noces de Cana de Véronèse (aile Denon, 1er étage, salle de la Joconde, salle 6).
A propos de l’Antiope d’Antonio ALLEGRI, dit CORRÈGE
octobre 25, 2009
Comme le bleu de la draperie est doux, et le ciel d’un autre bleu plus clair ! Le Corrège n’a jamais employé de noir. Quoi qu’il y ait des parties très sombres dans la draperie et le fond, comme tout cela est blond ! […] Il y a vingt-cinq ans, l’Antiope avait une grande vogue parmi les élèves de l’École. Tout le monde la copiait. J’en ai fait une copie, moi aussi, mais je ne comprenais pas très bien l’admiration des autres. [...] Mais j’ai fini par comprendre tout le charme de cette œuvre, comme qualité de ton, et aussi comme quantité de clairs et d’ombres.
Jean-Jacques Henner, 22 décembre 1878, au musée du Louvre
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
N’hésitez pas à suivre Jean-Jacques Henner dans ses visites du musée du Louvre et à l’écouter vous murmurer ses critiques devant l’œuvre. Rendez-vous au musée du Louvre dans l’aile Denon, 1er étage, Grande Galerie, salle 8 !
(c) RMN-C.Jean
Quand Henner rencontre Ingres et lui prend son fauteuil
octobre 23, 2009
Jean-Jacques Henner a beaucoup été influé par l’art d’Ingres lors de ses premières études. Il nous raconte l’émotion qu’il a ressenti lors de la première visite d’Ingres à l’Ecole. Ressentez la passion d’un élève envers son maître, l’enthousiasme et le stresse qu’il a pu ressentir….
« C’était à l’École Il y paraissait très rarement; aussi sa venue était-elle un évènement Quand il parut, tout le monde retint sa respiration et regarda de tous ses yeux: c’était comme si un empereur était entré. Je le vois encore, ce petit homme trapu, vêtu d’une redingote qui lui tombait jusqu’aux pieds. Tout d’un coup, il tendait les deux bras vers le modèle [...]; il avait l’air d’un prêtre qui officie. – « Oh! s’écria-t-il, regardez ce deltoïde ! Regardez comme c’est beau! ». Puis, il se mit à corriger les dessins des élèves. Il commença par l’autre bout; à mesure qu’il approchait de ma place, je me sentais trembler. Enfin, il arriva derrière moi; [...] je n’ai jamais oublié la leçon muette qu’il me donna. [...] Après le départ d’Ingres, je me mis à dessiner la rotule, en regardant bien la forme et la manière dont les muscles s’emmanchent. »
Jean-Jacques Henner, 8 janvier 1880
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Le musée national Jean-Jacques Henner garde en son sein le siège de ce cher grand maître qu’est Jean-Auguste Dominique Ingres..Gardé précisément comme témoin du passage d’un grand homme, on dit même que JJ Henner a récupérer la paletter d’Ingres en plus de son siège….
© musée national Jean-Jacques Henner
Jean-Jacques Henner, une carrière officielle bien remplie
octobre 22, 2009
Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter la carrière officielle et reconnue de Jean-Jacques Henner comme membre du jury du Salon ou encore comme lauréat de 1ers prix d’expositions universelles.
Henner est un lauréat du Prix de Rome qui a toujours été soucieux de mener une brillante carrière officielle, bien que son art et son caractère auraient voulus le contraire. C’est ainsi qu’il a suivi une certaine ligne tracée par l’Académie en exposant chaque année au Salon et en étant membre du jury parmi d’autres artistes de l’époque jugés « académiques ».
La couverture du numéro du 5 mai 1877 de L’Illustration présente en effet Jean-Jacques Henner en tant que membre du jury du Salon 1877 parmi des artistes tels que Bouguereau, Hébert et Gérôme.
Le musée national Jean-Jacques Henner présente ainsi dans ses collections une sélection des œuvres exposées au Salon telles que Joseph Tournois (1865), Alsacienne dite Eugénie Henner en Alsacienne tenant un panier de pommes (1870), Portrait de Mme*** dite La Femme au parapluie (1874), Le Sommeil (1880), Solitude (1886), Saint Sébastien (1888) et Mme Séraphin Henner (1902).
Connu et reconnu à la fin du XIXe siècle, Jean-Jacques Henner a su trouver sa position dans une société bousculée entre l’Académie et le Salon des Refusés, entre les impressionnistes et les académistes. Il a ainsi reçu des prix du Salon tel que le prix de 1er lauréat de l’Exposition Universelle de 1900.
© musée national Jean-Jacques Henner
Paris et la composition
octobre 20, 2009
« Bien des peintres, qui entendent par le mot « composition » l’arrangement de plusieurs personnages, affirment naïvement qu’Henner ignore la composition. Ils croient lui rendre justice en disant : « C’est un peintre de morceau. » Henner : « Paris est peut-être la seule ville du monde où l’on fasse réellement de la peinture, où l’on sache que le mérite d’un tableau ne réside ni dans le choix d’un sujet émouvant ou comique, comme en Allemagne, ni dans la recherche de l’étrangeté des attitudes ou des costumes comme en Angleterre, mais dans le simple et grand parti pris des valeurs, la justesse des lumières et des reflets, la largeur et la solidité du modelé, la simplicité des lignes et des silhouettes. Et pourtant, même à Paris, combien de gens se laissent prendre par le grand nombre des figures d’une composition ! »
Jean-Jacques Henner, 6 février 1885
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Sachez que le seul plus grand tableau composé avec le plus grand nombre de figures que Jean-Jacques Henner a peint est Les Naïades (au musée national Jean-Jacques Henner) :
(C) RMN / Gérard Blot
Les chairs de Rubens ou le secret des anciens
octobre 12, 2009
« Les chairs de Rubens semblent avoir été peintes tout d’une couleur, avec beaucoup d’huile dans la couleur. Cela n’est pas toujours bien dessiné ni très bien modelé, mais c’est brillant comme une fleur. J’ai essayé de tous les moyens. Quand je peins avec beaucoup d’huile, les tons deviennent tout jaunes; si je me sers du siccatif, cela sèche si vite que l’on ne peut travailler dedans. L’essence ne vaut plus rien non plus; la couleur entre alors dans la toile et devient toute grise. Il faudrait trouver quelque chose que les anciens devaient avoir et que nous ne connaissons plus. »
Jean-Jacques Henner, 11 février 1882
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Rubens, Hélène Fourment, 1630, Kunsthistorisches Museum, Vienna
Quand Henner rencontre Corot
octobre 5, 2009
Cette nouvelle rubrique intitulée « Ses contemporains » vous donnera des indications sur les relations que les artistes avaient entre eux au XIXe siècle…Les lieux de rencontres sont divers : au musée du Louvre la discussion s’élève de suite, au Salon les regards s’échauffent, au théâtre l’art fait place à la mondanité, une vraie relation d’amitié peut aussi se construire. Ils se connaissent tous, se fréquentent plus ou moins, mais quand deux d’entre eux se croisent cela peut donner un lieu commun aussi fort que celui là :
« - Vous avez beaucoup connu Corot ? » « -Non, je ne l’ai vu qu’une seule fois, au théâtre. Un de mes amis, qui le connaissait, me dit : - »Voilà Corot, allons lui parler. » Je refusai; je n’aime pas à m’imposer aux gens. – Mon ami s’en alla seul et je vis qu’il me désignait à Corot. Celui-ci fit mine de venir vers moi. Il se montra très aimable à mon égard et me parle de ma peinture. »
Appartenant à la génération suivante, Henner avait une grande admiration pour l’art Corot dont l’influence peut se sentir dans le traitement du paysage ou le travail de la lumière.
Une discussion bien plus profonde aurait pu avoir lieu..Mais ce ne devait pas être le bon moment..
Lisez plutôt ce que Jean-Jacques Henner disait à propos de Camille Corot à son ami Emile Durand-Gréville en décembre 1878 : « Corot est un des plus grands paysagistes qui aient jamais existé. Il ne s’occupait que des masses, que des valeurs; il peignait des silhouettes. Tout ce qu’il a fait est idéal et a du style comme les anciens; c’est du Virgile tout pur ! »
Extrait des Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
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La Belle Jardinière de Raphaël
septembre 23, 2009
« Voyez les tons de chair : les deux enfants et la Vierge sont du même ton. Il faut être un grand peintre pour avoir ce parti pris de couleur uniforme, pour employer ce ton simple, des pieds à la tête d’une figure, sans aucune nuance ! Un peintre médiocre aurait mis du rose aux genoux. »
Jean-Jacques Henner, 15 décembre 1878
« Plus je vais, plus j’admire ce tableau. Comment Raphaël parvenait-il à peindre si simplement ? Regardez ces ombres ! Comme elles sont douces, et comme elles passent dans la lumière sans qu’on sache comment ! Regardez cette jambe qui se cache derrière l’autre…Comme les valeurs sont justes !… Il n’y a aucun empâtement. Je crois qu’il devait mettre plus d’huile que nous dans ses couleurs. »
Jean-Jacques Henner, 16 janvier 1881
A propos de la Belle Jardinière de Raphaël – Extrait de Entretiens de J.-J. Henner. notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)
Raphaël, la Vierge et l’Enfant avec saint Jean-Baptiste, dite la Belle Jardinière, 1507 ou 1508. Huile sur bois, 122 × 80 cm. Département des peintures, musée du Louvre, Paris.







