Paris et la composition

février 20, 2012

« Bien des peintres, qui entendent par le mot « composition » l’arrangement de plusieurs personnages, affirment naïvement qu’Henner ignore la composition. Ils croient lui rendre justice en disant :  « C’est un peintre de morceau. » Henner : « Paris est peut-être la seule ville du monde où l’on fasse réellement de la peinture, où l’on sache que le mérite d’un tableau ne réside ni dans le choix d’un sujet émouvant ou comique, comme en Allemagne, ni dans la recherche de l’étrangeté des attitudes ou des costumes comme en Angleterre, mais dans le simple et grand parti pris des valeurs, la justesse des lumières et des reflets, la largeur et la solidité du modelé, la simplicité des lignes et des silhouettes. Et pourtant, même à Paris, combien de gens se laissent prendre par le grand nombre des figures d’une composition ! »
Jean-Jacques Henner, 6 février 1885
Extrait de Entretiens de J.-J. Henner notes prises par Émile Durand-Gréville (1925)

Sachez que le seul plus grand tableau composé avec le plus grand nombre de figures que Jean-Jacques Henner a peint est Les Naïades (au musée national Jean-Jacques Henner) :

naides_jjhenner

(C) RMN / Gérard Blot

Cet article fait référence à l’exposition présentée actuellement au musée national Jean-Jacques Henner « De l’impression au rêve. Paysages de Henner » jusqu’au 2 juillet 2012.

Cliquez ici pour plus d’informations.

Au sujet d’un vitrail de Saint Gervais

novembre 25, 2011

« La couleur est au moins la moitié de la peinture. Depuis quelques temps, je m’intéresse aux vitraux des églises de Paris. Les plus beaux de ton sont antérieurs à la Renaissance. Quelques-uns sont extraordinaires. Un vitrail de Saint-Gervais représente une sainte toute nue, entourée de bêtes féroces, et que des gens regardent. J’ignore quel est en le sujet, mais, comme couleur de chair, le corps de la sainte est d’une beauté inimaginable.[...] Les gens de cette époque ne se doutaient pas qu’ils étaient des coloristes, ils traduisaient leurs impressions, tout bonnement. »

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 16 novembre 1880)


Henner : ses maîtres…

novembre 22, 2011

Nous parlons souvent d’Henner et sommes amenés à évoquer son maître : Goutzwiller. Il est resté proche de lui durant toute sa vie et ils correspondaient très régulièrement, de sorte que l’œuvre d’Henner est très documentée.

Charles Goutzwiller - Retable d'Issenheim, vers 1866-1875 (photogravure)

Mais que savons-nous de celui qui a formé notre peintre dès son adolescence, au Collège d’Altkirch ?

Goutzwiller  (1819-1900) donnait à Henner son cours préféré :

« Je ne vivais réellement qu’une heure par jour, pendant la leçon de dessin ».

Il se trouve qu’ayant décelé le talent de son jeune élève, il lui donnait des leçons supplémentaires, chaque matin à 6h, chez lui !

« Les écrits que l’autodidacte Charles Goutzwiller a consacré à l’oeuvre de Martin Schongauer et à ses prédécesseurs vers 1875 sont d’une grande importance pour l’histoire de l’art francais. Ils témoignent d’une connaissance précise des recherches en matière d’histoire de l’art aussi bien en France qu’en Allemagne de 1840 à 1870. Dans ses écrits, Goutzwiller est décidé de retirer aux allemands la vie et l’œuvre de Schongauer. Originaire d’Altkirch (1819-1900), Goutzwiller était le maître de dessin de Jean-Jacques Henner, le portraitiste alsacien. Depuis 1855 il occupait le poste de secrétaire en chef de la mairie de Colmar et était un des membres les plus influents de la société Schongauer. Après la guerre de 1870/71 et l’annexion de l’Alsace par les allemands il a quitté son pays natal pour rejoindre Paris où il poursuivit son activité          de graveur et de chercheur en histoire de l’art. Il vécu dans le milieu alsacien de la capitale et resta en contact avec Eugène Müntz dont il illustra l’œuvre sur Raphaël. A la demande de la société Schongaueril reprit ses études sur le musée de Colmar dont il publia les résultats en 1866 et 1867. »

(http://www.randoenalsace.fr/biographies/charles-goutzwiller/ Traduction libre : Martin Schieder : Im Blick des Anderen : die deutsch-französischen Kunstbeziehungen 1945-1959).

Nous savons peu de chose sur ce cher Goutzwiller, mais les quelques éléments dont nous disposons révèlent qu’il était un homme de culture. Il a également été assez honnête et généreux pour envoyer Henner étudier dans l’atelier d’un autre peintre, quand il comprit qu’il ne lui apprendrait désormais plus grand-chose. Dès lors, il eut un rôle important dans la vie d’Henner : il devient l’un de ses plus fervents soutiens, et pour s’en convaincre, il suffit de lire leur riche correspondance. C’est ainsi qu’Henner devint  l’élève de Gabriel Guérin à Strasbourg. Ensuite, grâce à l’aide financière du Conseil général du Haut-Rhin, il poursuit ses études à Paris, à l’École des Beaux-arts et dans les ateliers de Drolling et de Picot.

Henner copiste… de Carpaccio

novembre 15, 2011

En tant que coloriste, Henner ne pouvait pas rester insensible à la peinture de tradition vénitienne.

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

 

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Il avait l’habitude de commenter ses impressions dans un carnet. Au sujet de la peinture de Carpaccio, on peut lire le paragraphe suivant :

« Venise, Capraccio, extraordinaire de couleur, de vigueur, de simplicité, de nature, de naïveté. La nature prise sur le fait. Beaucoup de draperies noires, chaudes, tirant sur le vert, des bleus verdâtres d’une richesse inouïe. Les glacis jouent un très grand rôle dans tout cela. Les draperies rouges sont admirables et bien accompagnées des verts avec les noirs. Les noirs tirent presque tous un peu sur le vert. Les figures se détachent sur le fond, ou les unes sur les autres de la manière la plus simple sans noir du coté de la lumière ni rien. Beaux fonds de maisons en silhouette avec des arbres. Beaucoup de cheveux blonds et bouclés. Les têtes, les mains, tout d’un seul beau ton blond. Bonnet noir avec des cheveux extrêmement blonds. Doublure rouge, ornement blanc sur l’étoffe… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Ses coups de coeur : Le Corrège

novembre 7, 2011

 

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Après avoir examiné avec attention la Danaé du Corrège, Henner note :

« C’est peut-être un peu trop argenté […] mais on ne fera jamais plus gras de modelé et plus fin surtout. C’est exécuté avec un soin tout particulier. On ne sait réellement pas comme cela est fait. Les ombres ont de la consistance, comme si cela avait été peint dans la pâte ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Comment Boilly faisait ses portraits

octobre 27, 2011

Portrait de Jean-Jacques Henner (1899) – Huile sur toile 74 x 61 cm

Portrait de Jean-Jacques Henner (1899) – Huile sur toile 74 x 61 cm

« J’ai trouvé un moyen de faire mes portraits plus facilement. Je peins d’abord le vêtement et le fond en laissant la tête dessinée simplement au fusain. Pendant ce temps, j’apprends mon modèle par cœur, et une fois la tête commencée, je l’enlève du premier coup. Cela ressemble un peu à la manière de Boilly. Comme il avait beaucoup de commandes, très souvent de gens de province venus de Paris pour peu de jours et qui n’avaient pas le temps de poser longtemps, il préparait d’avance le fond et le corps; il avait ainsi des maquettes pour toutes les corpulences, pour les gens gros ou maigres. »

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 14 février 1885)

Ses coups de coeur : Titien…

octobre 21, 2011

Il est profondément séduit par le Titien. L’amour sacré et l’amour profane a été pour Henner une des toutes premières révélations que devait lui réserver l’Italie.

L'Amour sacré et l'Amour profane, 1514, huile sur toile, 118 x 279 cm Gallerie Borhèse, Rome

L'Amour sacré et l'Amour profane, 1514, huile sur toile, 118 x 279 cm Gallerie Borhèse, Rome

Ce tableau lui apparait comme « la plus belle chose sous le rapport de la vie » :

« Les chairs sont d’une légèreté et d’une largesse d’exécution telle qu’on a peine à distinguer la moindre accentuation ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Ses coups de coeur : Le Caravage…

octobre 18, 2011

La mise au tombeau, 1602-03, Huile sur toile, 300 x 203 cm Pinacothèque vaticane

La mise au tombeau, 1602-03, Huile sur toile, 300 x 203 cm Pinacothèque vaticane

« Voilà un homme qui s’il eut été plus distingué, dans son tableau de la « Mise au tombeau », effacerait presque tous les autres. C’est ce que j’ai vu de plus puissant, de plus empoignant ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

L’arrivée de Henner face aux tableaux modernes, la découverte d’Ingres.

septembre 21, 2011

« Ingres est l’honneur de l’école française. A mon retour de Rome, après avoir vécu cinq ans au milieu des œuvres des maîtres, sans avoir vu un seul tableau moderne, je me demandais quel effet allait me produire la peinture des artistes vivants. Eh bien, je ne trouvai qu’un seul peintre qui pût soutenir la comparaison avec les anciens, c’était Ingres. Seule, sa peinture me   parut  être de la vraie peinture. »

Ingres, L'apothéose d'Homère, 1827, 386 x 512 cm, Musée du Louvre

Ingres, L'apothéose d'Homère, 1827, 386 x 512 cm, Musée du Louvre

Le bain turc, 1862, 108 cm de diamètre,  Musée du Louvre, Paris

Le bain turc, 1862, 108 cm de diamètre, Musée du Louvre, Paris

(Entretiens de JJ Henner par Emile Durand-Gréville, 8 janvier 1880)

Henner… Grand Prix de Rome !

août 26, 2011

« […] Nous nous attendions tous à avoir du romain ou du grec. Quant à moi je n’aurais pas pu choisir un sujet qui convienne mieux à ma nature, ce qui ne veut pas dire que j’en fais un chef-d’œuvre. Mon Abel est couché tout le long sur le premier plan. Eve, à genoux, s’élance vers lui. Adam, au contraire, semble plutôt reculer, car il a deviné tout de suite, tandis qu’Eve pourrait encore douter. J’entre ici dans les détails, mais la première condition d’un tableau, c’est la tournure et l’arrangement de l’effet… » écrivait-il à son maître le16 juin 1858.

La compétition semble être empreinte de rivalités et de tactiques peu scrupuleuses, et Henner a bien failli se faire avoir… :

« […] Pendant que je concourais pour le Prix de Rome, Picot vit l’esquisse de mon tableau et me conseilla de mettre un bout de draperie à mon Eve. Quelques jours après, Heim, devant cette même esquisse, me dit : « Pourquoi avez-vous mis une draperie à cotre Eve ? Cela n’a pas le sens commun. » Je lui répondis : « C’est sur le conseil de M. Picot ! » (Navré d’avoir donné tort à un collègue), Heim s’empressa d’ajouter : « Eh bien supposez que je vous ai rien dit et que M. Picot ne vous a rien dit non plus, agissez à votre idée… ».

Si on observe la version finale, primée, du tableau Adam et Ève retrouvant le corps d’Abel, on s’aperçoit que finalement Henner a bien agit à sa guise : ni draperie, ni nu entier, c’est la longue chevelure d’Eve qu’il utilise comme un cache-sexe ornemental.

1858, Premier Grand Prix de Rome, Adam et Eve retrouvant le corps d’Abel, 1,47x1, 13 m1858, Premier Grand Prix de Rome, Adam et Eve retrouvant le corps d’Abel, 1,47×1, 13 m

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

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