Entretien avec Olivier Dhénin, auteur de « Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques »

juin 5, 2012 · Print This Article

« Des personnages tchékhoviens dans l’univers d’Edward Bond »

Musicien, poète et dramaturge, Olivier Dhénin dirige, le jeudi 7 juin 2012 à 17h et 19h, la lecture de ses « Feuillets d’Audelin » au musée Henner. Ce poème dramatique pour cinq comédiens, mis en musique, explore les motifs ancestraux du conte.

olivier-dhenin-615 dr

 

 

 

 

 

 

 

Olivier Dhénin | © Jean-Baptiste Martial

Les Trois Coups. — Quelle place prennent les Feuillets d’Audelin dans votre parcours artistique ?

Olivier Dhénin. — Les Feuillets d’Audelin constituent un triptyque composé d’Audelin-Nid d’oiseaux, de Ce dont Audelin rêva, et de Suite lyrique. Ils forment une variation autour d’un même motif : dans un monde désolé, un garçon blessé annonciateur d’un drame est découvert. Réemployant les thèmes ancestraux du conte merveilleux, les différentes pièces des Feuillets d’Audelin ont été écrites comme l’on agence un puzzle : une image issue d’un film de Pasolini, un lied emprunté à Brahms évoquant le garçon blessé, un univers repris à un tableau symboliste d’Hugo Simberg, l’Ange blessé

Les différents volets de ce triptyque ne se suivent pas et ne sont jamais tout à fait achevés : ce sont à proprement parler des « feuillets ». Des éléments, voire certaines phrases, sont repris de l’un à l’autre, mais dans des contextes différents. Les deux premiers volets, par exemple, se déroulent dans une forêt ancestrale dévastée tandis que le troisième volet se situe dans une ville sinistre et bétonnée. L’univers demeure postmoderne. À la différence de mes précédentes pièces, comme Ricercare ou Cendres, l’unité des Feuillets d’Audelin ne tient pas tant à une dramaturgie qu’à la poésie. Le sens de la pièce demeure peu compréhensible si l’on cherche un argument logique, car la résolution des scènes est à chaque fois suspendue juste avant toute révélation. Je me suis laissé guider avant tout par l’inspiration poétique.

 

Les Trois Coups. Vous travaillez une veine onirique et un style lyrique. Quelles sont vos inspirations ?

Olivier Dhénin. — Je m’inspire du postulat de Sarah Kane dans Manque. L’un de ses personnages confie : « Je n’ai pas la musique. J’aurais tellement aimé avoir la musique, mais je n’ai que les mots. ». Un opéra sans musique, voici ce que j’ai tenté… même si la musique du compositeur anglais Paul Hindemith accompagne l’ensemble ; l’âpreté des instruments à cordes donne du relief à des ombres.

En réalité, j’ai voulu excéder la dramaturgie classique. D’où un travail extrêmement lyrique. On pourrait dire qu’Audelin constitue un « poème dramatique ». La poésie est exacerbée et la narration décentrée. Des personnages fantomatiques se parlent sans forcément s’écouter. L’intérêt ne portent pas tant sur eux que sur leurs actions. Ce triptyque repose ainsi sur la polyphonie : une kyrielle de petites actions pallient l’absence d’action principale, qui doit être recomposée par le spectateur. Il n’existe, par ailleurs, pas de psychologie de personnage ; seul se dégage ainsi un « sentiment » ou une « idée ». Comptent avant tout les mots. Seules les paroles prononcées permettent de cerner des esquisses de caractères. Les personnages sont tchékhoviens dans un univers à la Edward Bond, en somme.

 

Les Trois Coups. — Quel avenir pour Audelin ?

Olivier Dhénin. — Ce dont Audelin rêva a déjà été monté en 2010, avec les stagiaires de l’académie lyrique de Rochefort, que je dirige depuis douze ans. Le troisième volet du triptyque, Suite lyrique, sera présenté cet été, du 27 au 29 juillet.  Je prépare aussi, pour l’académie cet été, un montage de texte du poète Georg Trakl soutenu par une cantate de Bach.

Je m’apprête, par ailleurs, à monter la Fête étrange, une pièce d’après Alain?Fournier, interprétée par des jeunes de l’académie et des comédiens professionnels, à l’occasion du centenaire du Grand Meaulnes. Elle se jouera à Bourges et à Paris l’an prochain. Je songe enfin à adapter pour la scène une nouvelle de Henry James, Owen Wingrave, complétée de textes de Gunther Anders… Les projets sont nombreux !

 

Propos recueillis par Cédric Enjalbert pour Les Trois Coups (www.lestroiscoups.com)

Entretien reproduit dans ce blog avec l’aimable autorisation de Cédric Enjalbert et du site Les Trois Coups, le journal quotidien du spectacle vivant.


Feuillets d’Audelin, esquisses dramatiques, d’Olivier Dhénin

Musique de Paul Hindemith

Direction : Olivier Dhénin

Comédiens : Jérémie Bédrune, Sandra Giguet, Hélène Liber, Guillaume Ravoire, Antoine Rosenfeld

Musiciens : Andreï Malakhov (alto), Pauline Lazayres (soprano et contrebasse), Quatuor Phébus

www.winterreise.fr

Le 7 juin 2012 à 17 h et 19h

Musée national Jean-Jacques Henner • 43, avenue de Villiers • 75017 Paris

Accueil, informations, réservations : 01 47 63 42 73

www.musee-henner.fr

Durée : 1 heure

Comments

Got something to say?