Au sujet d’un vitrail de Saint Gervais

novembre 25, 2011

« La couleur est au moins la moitié de la peinture. Depuis quelques temps, je m’intéresse aux vitraux des églises de Paris. Les plus beaux de ton sont antérieurs à la Renaissance. Quelques-uns sont extraordinaires. Un vitrail de Saint-Gervais représente une sainte toute nue, entourée de bêtes féroces, et que des gens regardent. J’ignore quel est en le sujet, mais, comme couleur de chair, le corps de la sainte est d’une beauté inimaginable.[...] Les gens de cette époque ne se doutaient pas qu’ils étaient des coloristes, ils traduisaient leurs impressions, tout bonnement. »

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 16 novembre 1880)


Henner : ses maîtres…

novembre 22, 2011

Nous parlons souvent d’Henner et sommes amenés à évoquer son maître : Goutzwiller. Il est resté proche de lui durant toute sa vie et ils correspondaient très régulièrement, de sorte que l’œuvre d’Henner est très documentée.

Charles Goutzwiller - Retable d'Issenheim, vers 1866-1875 (photogravure)

Mais que savons-nous de celui qui a formé notre peintre dès son adolescence, au Collège d’Altkirch ?

Goutzwiller  (1819-1900) donnait à Henner son cours préféré :

« Je ne vivais réellement qu’une heure par jour, pendant la leçon de dessin ».

Il se trouve qu’ayant décelé le talent de son jeune élève, il lui donnait des leçons supplémentaires, chaque matin à 6h, chez lui !

« Les écrits que l’autodidacte Charles Goutzwiller a consacré à l’oeuvre de Martin Schongauer et à ses prédécesseurs vers 1875 sont d’une grande importance pour l’histoire de l’art francais. Ils témoignent d’une connaissance précise des recherches en matière d’histoire de l’art aussi bien en France qu’en Allemagne de 1840 à 1870. Dans ses écrits, Goutzwiller est décidé de retirer aux allemands la vie et l’œuvre de Schongauer. Originaire d’Altkirch (1819-1900), Goutzwiller était le maître de dessin de Jean-Jacques Henner, le portraitiste alsacien. Depuis 1855 il occupait le poste de secrétaire en chef de la mairie de Colmar et était un des membres les plus influents de la société Schongauer. Après la guerre de 1870/71 et l’annexion de l’Alsace par les allemands il a quitté son pays natal pour rejoindre Paris où il poursuivit son activité          de graveur et de chercheur en histoire de l’art. Il vécu dans le milieu alsacien de la capitale et resta en contact avec Eugène Müntz dont il illustra l’œuvre sur Raphaël. A la demande de la société Schongaueril reprit ses études sur le musée de Colmar dont il publia les résultats en 1866 et 1867. »

(http://www.randoenalsace.fr/biographies/charles-goutzwiller/ Traduction libre : Martin Schieder : Im Blick des Anderen : die deutsch-französischen Kunstbeziehungen 1945-1959).

Nous savons peu de chose sur ce cher Goutzwiller, mais les quelques éléments dont nous disposons révèlent qu’il était un homme de culture. Il a également été assez honnête et généreux pour envoyer Henner étudier dans l’atelier d’un autre peintre, quand il comprit qu’il ne lui apprendrait désormais plus grand-chose. Dès lors, il eut un rôle important dans la vie d’Henner : il devient l’un de ses plus fervents soutiens, et pour s’en convaincre, il suffit de lire leur riche correspondance. C’est ainsi qu’Henner devint  l’élève de Gabriel Guérin à Strasbourg. Ensuite, grâce à l’aide financière du Conseil général du Haut-Rhin, il poursuit ses études à Paris, à l’École des Beaux-arts et dans les ateliers de Drolling et de Picot.

A propos des figures souriantes

novembre 18, 2011

Une figure un peu sauvage a plus de grandeur et de caractère.

Une figure un peu sauvage a plus de grandeur et de caractère.

« Je n’aime pas peindre les physionomies souriantes. Une figure un peu sauvage a plus de grandeur et de caractère. Ingres représentait toujours des figures sévères, par exemple les   deux Muses dans l’Apothéose d’Homère. Jules Laurens me disait qu’en les peignant, Ingres avait l’air de faire son propre portrait, et c’est vrai. Les anciens ont fait peu de figures souriantes. Je ne connais guère que la Joconde… ».

(Entretiens de JJ Henner par Emile Durand-Gréville, 10 octobre 1879)

Henner copiste… de Carpaccio

novembre 15, 2011

En tant que coloriste, Henner ne pouvait pas rester insensible à la peinture de tradition vénitienne.

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

Carpaccio, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, détail, 1495-1500, 297x527 cm (Venise)

 

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs,  épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Jean-Jacques Henner, Le retour des ambassadeurs, épisode de la vie de Sainte Ursule, copie d’un détail d’après Carpaccio, 1860, 225x32 cm (Paris)

Il avait l’habitude de commenter ses impressions dans un carnet. Au sujet de la peinture de Carpaccio, on peut lire le paragraphe suivant :

« Venise, Capraccio, extraordinaire de couleur, de vigueur, de simplicité, de nature, de naïveté. La nature prise sur le fait. Beaucoup de draperies noires, chaudes, tirant sur le vert, des bleus verdâtres d’une richesse inouïe. Les glacis jouent un très grand rôle dans tout cela. Les draperies rouges sont admirables et bien accompagnées des verts avec les noirs. Les noirs tirent presque tous un peu sur le vert. Les figures se détachent sur le fond, ou les unes sur les autres de la manière la plus simple sans noir du coté de la lumière ni rien. Beaux fonds de maisons en silhouette avec des arbres. Beaucoup de cheveux blonds et bouclés. Les têtes, les mains, tout d’un seul beau ton blond. Bonnet noir avec des cheveux extrêmement blonds. Doublure rouge, ornement blanc sur l’étoffe… ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Henner portraitiste… sa mère priant devant le corps de sa soeur Madeleine

novembre 10, 2011

 

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, pendant sa maladie, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, pendant sa maladie, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, sur son lit de mort, 1852, 215x27 cm

Madeleine Henner, sœur de l’artiste, sur son lit de mort, 1852, 215x27 cm

« Ces deux peintures de petites dimensions sont empreintes de l’émotion très forte  du jeune homme devant la souffrance d’un de ses proches : défigurée par la maladie, la tête de sa sœur, dont la couleur verte se reflète dans les plis des draps, apparaît seule, presque disproportionnée, au milieu de l’oreiller ».

Cette peinture au croisement du thème du portrait, mortuaire qui plus est, et de la scène de genre a une histoire aussi originale qu’émouvante.

C’est à partir de ces deux portraits qu’Henner compose une scène de genre reconstituant l’événement familial quatre ans plus tard.

La mère de l’artiste priant devant le corps de sa fille Madeleine, 1856, 465x68 cm

La mère de l’artiste priant devant le corps de sa fille Madeleine, 1856, 465x68 cm

Henner écrit ces quelques mots en 1857 :

« Le sujet est connu : vous voyez une mère qui pleure sa fille. Cette peinture m’est d’autant plus précieuse qu’elle représente ma sœur morte avec ma mère qui a posé quelques jours avant sa maladie. Elles sont toutes les deux très ressemblantes… »
(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin).

Ses coups de coeur : Le Corrège

novembre 7, 2011

 

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Danaë, 1530, huile sur toile, 158 x 189 cm, Gallerie Borghèse de Rome

Après avoir examiné avec attention la Danaé du Corrège, Henner note :

« C’est peut-être un peu trop argenté […] mais on ne fera jamais plus gras de modelé et plus fin surtout. C’est exécuté avec un soin tout particulier. On ne sait réellement pas comme cela est fait. Les ombres ont de la consistance, comme si cela avait été peint dans la pâte ».

(Pierre Alexis Muenier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Partez en voyage avec Henner

novembre 2, 2011

Le musée national Jean-Jacques Henner présente un accrochage et une exposition inédite des dessins et croquis de voyages de Jean-Jacques Henner. De l’Europe du Nord aux rives de la Méditerranée, partez à la découverte des paysages et des artistes qui ont inspirés l’artiste.

Jusqu’au 28 Novembre 2011 au musée national Jean-Jacques Henner.