La préparation des toiles

juillet 30, 2011

« J’ai toujours préparé les toiles moi-même. Je n’en achète de toutes prêtes que par hasard, quand je suis pressé, par exemple, quand une personne vient poser pour un portrait,    et que je n’ai pas eu le temps de faire ce travail. Voici mon procédé : il est simple, mais exige un tour de main particulier. Des camarades qui m’ont vu à l’œuvre ne sauraient peut-être pas s’en tirer tout seuls. Je cloue la toile sur le châssis; [...] je le tire avec des tenailles, de manière à la tendre également sur les quatre côtés, puis j’étends dessus, avec un pinceau, une couche de colle forte, de la colle que je laisse tremper dans l’eau toute une journée et que je fais ensuite bouillir quand elle est tout à fait amollie. Une fois la colle appliquée sur la toile, j’enlève avec le couteau à palette tout ce que je peux. Il en reste toujours assez pour boucher les trous. Je frotte ensuite l’un contre l’autre deux morceaux de pierre ponce, dont la poussière se répand légèrement et aussi également que possible sur toute la surface de la toile. Cette poussière userait les poils des brosses; aussi le lendemain, quand tout est bien sec, je ponce. C’est une joie de peindre là-dessus et d’y dessiner avec du fusain ou de la craie. Vous ne vous figurez pas le plaisir que je trouve à la besogne, à clouer la toile, à la tendre avec les pinces et tout le reste. Je fais cela mieux que n’importe quel marchand de couleurs. Mais un apprentissage est nécessaire. Une fois, à mes débuts, j’avais mis trop de colle forte   sur la toile. Comme cette colle est cassante, quelques temps après, le tableau que j’avais peint s’est trouvé tout craquelé, et j’ai dû le refaire. »

La préparation de la toile

La préparation de la toile

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Émile Durand-Gréville, 15 décembre 1883)

Henner, « petite main » d’un portraitiste

juillet 26, 2011

Autoportrait d'Henner

Autoportrait d'Henner

Après avoir échoué au Grand Prix de Rome de 1857, Henner se voit privé de la subvention annuelle de cinq cents francs que le Conseil Général du Haut Rhin lui allouait depuis deux ans. Pour renflouer un peu ses maigres économies, il se fait embaucher par un portraitiste. A temps perdu le soir, il travaille donc aux mains, aux vêtements et aux fonds des portraits. Il gagne ainsi de trois à dix francs par jour. Ce travail a pour principaux avantages de lui éviter de se disperser et même de se concentrer sur sa peinture en journée.

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Le bleu de Léonard…

juillet 23, 2011

« […] Il y a aussi l’Annonciation de Léonard…la robe de la Vierge est d’un bleu…On en boirait, tellement il est beau ! Il y a des gens qui ne savent pas distinguer un bleu d’un autre, ils voient que c’est bleu et rien de plus. Cela ne se raisonne pas, on voit la qualité d’un ton ou on ne la voit pas. Léonard a trouvé des bleus que personne d’autre n’a trouvés ! »

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

Léonard de Vinci, L'Annonciation, 1472-75, 98 x 217 cm, Florence

(Entretiens de Jean-Jacques Henner par Emile Durand-Gréville, 26 octobre 1888)

Autour de sa palette et de l’esquisse

juillet 22, 2011

 

Palette

Palette

« Tout ce que j’ai fait jusqu’ici en peinture est lourd et terne, parce que j’employais du noir pour les chairs ; c’est une couleur que j’ai complètement bannie de ma palette. Je fais aussi plus harmonieux… […] Pour peindre les chairs, il faut éviter d’employer le noir, ainsi que toute espèce de couleur lourde et terreuse, employer en général aussi peu de noir que possible, indiquer l’ombre et la lumière d’une manière simple et harmonieuse. Dans une esquisse, surtout ne pas mettre de petites choses dures, ne pas faire des ombres trop tranchées, éviter de faire des lumières blanches et farineuses. Faire tout ce qui est chair, une gamme légère. Ne pas mettre des couleurs pures qui donnent toujours de la crudité. Tâcher que l’aspect de l’ensemble soit d’une gamme à peu près égale et harmonieuse ; en un mot, éviter autant que possible les duretés».

(Pierre Alexis Meunier, La vie et l’art de Jean-Jacques Henner, peintures et dessins, 1927)

Réflexions autour de la figure de Madeleine

juillet 21, 2011

« J’ai trouvé aujourd’hui une autre Madeleine ! Quelque chose d’adorable ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Elle est à genoux, les mains jointes contre sa poitrine et les yeux levés au ciel, la tête renversée en arrière, les cheveux dénoués. C’est exquis ! Elle sera à moitié nue; un simple bout de draperie partira de la ceinture et laissera voir les genoux. Son vêtement s’est usé, vous comprenez, c’est tout ce qui lui reste. »

Dessin péparatoire

Dessin péparatoire

Entretiens de Jean-Jacques Henner, 14 mars 1881, par Émile Durand-Gréville

Juana Romani vue par Kenza

juillet 20, 2011

Au cours de recherches sur internet, le musée a découvert un article évoquant Juana Romani, modèle puis élève d’Henner. Kenza, l’auteur du blog Thé au Jasmin a illustré son article de très jolies reproductions d’œuvres de l’élève italienne. Allez donc y jeter un œil, vous y découvrirez une artiste dont le style est à la fois très fortement marqué par celui du maître alsacien et très différent. Juana Romani semble aimer la simplicité, les compositions épurées, mais le travail sur ses étoffes la rend toute différente du peintre qui aimait tant les tons de chair nacrés et une palette assez restreinte…

Ici, vous découvrirez le visage de Juana Romani à travers une photographie que la peintre envoya elle-même à Henner.

Juana Romani (1869-1924), Portait de Jeune Fille

Juana Romani (1869-1924), Portait de Jeune Fille

Henner portraitiste… Sa mère

juillet 18, 2011

Portrait de la mère de l’artiste, 1851, 455x37 cm

Portrait de la mère de l’artiste, 1851, 455x37 cm

Portrait de la mère de l’artiste, 1856, 20x155 cm

Portrait de la mère de l’artiste, 1856, 20x155 cm

Ces deux portraits réalisés par Jean-Jacques Henner, à cinq ans d’intervalle, témoignent du vieillissement de sa mère et nous montrent qu’Henner a été choqué par cette évolution. Cela parait d’autant plus flagrant que le portrait de 1856 est le dernier que le peintre aura l’occasion de faire de sa mère, qui décède l’année suivante.

« Il la présente en buste et de profil dans le costume marron et noir dans lequel il l’a toujours peinte. Sur papier et de petites dimensions, il se rapproche,  par son réalisme, des deux portraits d’après sa sœur malade et sa mère morte : ce sont surtout les traits vieillis de sa mère qui ont frappé le peintre : le profil est marqué et les cheveux raides et gris, peu soignés, s’échappent du bonnet. Un cerne profond marque le dessous de l’œil et les joues sont tombantes ; le menton est retenu par le cordon qui maintient le bonnet.  La rougeur qui colorait autrefois ses joues dans le portrait de 1851 a disparu : le teint est devenu gris et le regard absent ».

(Extraits de Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin).

Henner, agacé par les enfants ?

juillet 15, 2011

Le réveil de l'enfant, 1863, 71x85 cm

Le réveil de l'enfant, 1863, 71x85 cm

…Il y a un petit enfant tout nu, couché à côté de sa mère qui le regarde. C’est épouvantable de faire un petit enfant : il ne tient pas une demi-minute… », écrivait Henner à son maître Goutzwiller le 23 décembre1862 depuis Rome.

Puis une autre lettre datant du 26 mai 1863 suivit au sujet du même tableau :

…Vous savez que mon tableau de cette année, qui est à peu près terminé maintenant, et qui a un succès bien autre que celui de l’année dernière, représente un petit enfant de trois ans, complètement nu, couché sur un pauvre petit lit, se réveillant et appelant sa mère endormie à côté de lui… .

Ce secret d’œuvre illustre la pratique quasiment systématique de Henner à faire marche arrière et à modifier les détails de sa composition au fur et à mesure de son avancement.

Jean-Jacques Henner I,  La jeunesse d’un  peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Editions du Rhin (p. 88)

Les chevelures d’Henner

juillet 12, 2011

Henner est inconditionnellement le maître des longues chevelures, souvent rousses. De longues chevelures à n’en plus finir, autant de portions de toile submergées par ses beaux roux. S’il affectionnait particulièrement ces femmes voluptueuses qui cependant ont ce je ne sais quoi de sauvage grâce à ce motif récurrent qu’est la longue chevelure, Henner a aussi aimé peindre des coiffures plus élaborées. Ce type de coiffure reste assez rare chez Henner, en voici donc une sélection.

Tête de femme

 

Eugénie-Marie Gadiffet-Caillard dite Germaine Dawis

Eugénie-Marie Gadiffet-Caillard dite Germaine Dawis

Madame Victor Lyon

Madame Victor Lyon

Portrait de femme

Portrait de femme

Portrait de femme

Portrait de femme

Tête de femme

Tête de femme

Si vous avez connaissance de peintures d’Henner représentant des femmes coiffées, n’hésitez pas à nous les soumettre : nous les ajouterons à cette sélection.

A propos de son retour de chasse

juillet 9, 2011

renard

« Henner est revenu hier dimanche de son pays natal. Il a tué deux renards, quelques lièvres, etc…Il chasse au chien courant, sous bois. Un chasseur à qui il racontait ce détail devant moi lui a fait observer qu’on ne chasse guère sous bois avant que les arbres et les arbustes ne soient dégarnis de feuilles. Henner lui a répondu qu’il allait en forêt, parce qu’il découvrait à chaque pas des points de vue superbes qu’il n’aurait pas pu admirer autrement. Il n’a jamais eu la prétention d’être un bon chasseur; s’il a rencontré deux renards, c’est bien par hasard. »

(Entretiens de JJ Henner par Emile Durand-Gréville, 10 octobre 1879)

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