Henner vu par Elisabeth Itti…
juin 30, 2011
Récemment, Elisabeth Itti, l’auteur du blog La Dilettante, confiait sur le profil Facebook de Jean-Jacques Henner, qu’elle aimait beaucoup l’une des peintures de Jean-Jacques Henner :
Elle nous raconte sa visite au musée Henner, le hasard qui l’a poussé à photographier le cartel de la Fabiola, puis à faire quelques recherches sur cette fameuse sainte Fabiola et être touchée par son noble destin et sa triste fin. Mais Elisabeth est aussi touchée par l’histoire du tableau lui-même, ce chef d’oeuvre si connu qui est maintenant perdu, et qui, pourtant, fait l’objet d’une exposition contemporaine depuis des mois signée Francis Alys.
Nous vous invitons à lire son article et à découvrir l’exposition…
Henner à Florence par Claire Bessède
juin 27, 2011
Durant l’été 1860, Jean-Jacques Henner (1829-1905), alors pensionnaire à la Villa Médicis, fait un séjour à Florence. Son journal et sa correspondance ainsi que les dessins et copies peintes d’après les maîtres qu’il y a réalisés, et qui sont aujourd’hui conservées au musée national Jean-Jacques Henner, permettent de suivre l’artiste dans sa découverte de la capitale toscane. Ils mettent aussi en lumière les ambiguïtés d’un peintre que sa volonté de se conformer aux attentes de l’Académie confronte à ses propres contradictions. Ainsi, les scènes de la vie quotidienne apparemment réalistes se réfèrent en fait à la » peinture de genre à l’italienne « de Léopold Robert ou Jean-Victor Schnetz tandis que l’étude de ses copies, pour lesquelles il a utilisé une chambre claire, montre que malgré son envie de découvrir les richesses de Florence, il peine à renouveler ses références picturales.
Résumé de l’article publié par Claire Bessède dans la revue de la RMN « La Revue des musées de France » en février 2011
Henner et Titien : le flou et le « léché »
juin 21, 2011
Les talents de copiste de Jean-Jacques Henner peuvent s’observer ici (la première reproduction correspond à l’œuvre de Jean-Jacques Henner, la seconde est celle de Titien):
Quand on connaît la peinture de Titien et qu’on a eu la chance de la voir « en vrai », puis que l’on découvre la peinture de Henner et qu’on peut observer sa copie du grand maître, on appréhende mieux son univers : la peinture de Henner se caractérise en partie par cet aspect flouté qui parfois va jusqu’à rappeler le sfumato de Léonard. La copie d’une œuvre majeure de Titien brille par le traitement de certains détails qui ne sacrifie rien au style du dernier des romantiques.
Pour l’anecdote, il se trouve que notre cher Henner observait le comportement des visiteurs du musée des Offices ce jour-là, et voilà ce qu’il écrivait le 29 juillet 1860 :
« Cette peinture par son brillant attire tous les yeux, aussi les jeunes filles en se battant contre se retirent en rougissant de voir cette belle femme nue étendue sur un lit de repos. Ce n’est autre chose qu’une certaine duchesse d’Urbin qui a eu le caprice de se faire faire son portrait dans ce costume-là… »
(Jean-Jacques Henner, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à1864, Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, Editions du Rhin)
La couleur prime…
juin 15, 2011
« La couleur est au moins la moitié de la peinture. Depuis quelques temps, je m’intéresse aux vitraux des églises de Paris. Les plus beaux de ton sont antérieures à la Renaissance. Quelques-uns sont extraordinaires. Un vitrail de Saint-Gervais représente une sainte toute nue, entourée de bêtes féroces, et que des gens regardent. J’ignore quel est en le sujet, mais, comme couleur de chair, le corps de la sainte est d’une beauté inimaginable.[...] Les gens de cette époque ne se doutaient pas qu’ils étaient des coloristes, ils traduisaient leurs impressions, tout bonnement. »
(A propos d’un vitrail de Saint-Gervais., Entretiens de Jean-Jacques Henner et Emile Durand-Gréville, 16 novembre 1880)
L’histoire du tableau « La Mort de Saphira, femme d’Ananie »…
juin 12, 2011
Aujourd’hui, évoquons un tableau assez particulier. Ce tableau d’Henner doit certainement surprendre l’œil des amateurs du peintre des rousses : il s’agit d’une composition qui montre beaucoup de mouvement et un dialogue entre chacune des figures représentées. Cette composition contraste avec les figures isolées, voire esseulées dépeintes par l’artiste dans la grande majorité de ses œuvres. Et pour cause…
La Mort de Saphira est le sujet du premier essai pour le concours du Grand prix de 1855. Vingt candidats avaient été choisis et Henner, dixième, avait pu exécuter l’esquisse demandée. Il ne fut pas admis pour le sujet définitif. Henner en parla à son maître. Voici un extrait de la lettre qu’il lui adressa entre le 21 avril et le 6 mai 1855 :
« J’ai fait le concours ; j’ai fait une bonne composition, mais faible d’exécution, et c’est tout. Le sujet était : « La mort de Saphira, femme d’Ananie devant Saint Pierre ». J’aurais à recommencer, je ne saurais le faire autrement […] Cela ne me fait rien d’être refusé ; j’ai fait selon mon sentiment et je suis content. Presque toutes les autres esquisses se ressemblent comme vêture et comme arrangement : on les dirait faites sur le même moule : Eh bien ! Je ne voudrais pas les avoir faites, la mienne parait originale, parce qu’elle est simple ; c’était exposé hier. M. Flandrin, un grand peintre est allé les voir avec M. Laurens ; il a été très content de ma composition ».
Jean-Jacques Henner I, La jeunesse d’un peintre, de 1847 à 1864, Musée des Beaux-arts de Mulhouse, Éditions du Rhin, page 38.
Emile Zola quant à la peinture de Henner : mitigé mais reconnaissant
juin 7, 2011
Après sa découverte et un certain enthousiasme au Salon de 1866, Émile Zola semble peu à peu être déçu de l’évolution de la peinture de Henner, ou plutôt de son point de vue, du peu de son évolution. En effet, à l’Exposition universelle de 1878, sa peinture monumentale Les naïades (1,70 x 3,15 m, Musée national Jean-Jacques Henner) inspire moyennement Zola, cependant cet extrait livre une analyse de l’esthétique hennerienne tout à fait intéressante :
« C’est un artiste doux et rêveur, avec une préférence marquée pour un mélange de tons connus et d’oppositions de tons inédites. On dit avec raison qu’il a déployé tout son talent dans sa Femme au divan noir (1869). Nous avons devant nous tout simplement une femme nue, allongée sur une étoffe noire ; une tache blanche sur un fond noir comme l’encre. Mais Henner a utilisé toute une gradation de tons dans le blanc et le noir. La chair passe d’une nuance d’or pâle jusqu’à l’or rouge, d’une nuit d’orage. L’effet en est pour le moins frappant. La trouvaille une fois faite, Henner la reprend sur tous les tons. Presque toutes les femmes qu’il peint portent du noir. Son Christ mort se détache sur des ténèbres épaisses. Son tableau Le Soir représente une blanche figure féminine au milieu d’une forêt toute noire. Les Naïades répètent le même motif mais sur une échelle agrandie ; six femmes qui viennent de se baigner sont groupées près d’une rivière ; l’herbe est noire, les arbres sont noirs. Je ne condamne en aucune façon Henner, car il y a dans cette idée préconçue beaucoup de franchise, une intelligence très profonde de l’harmonie des tons et une transcription fort originale de la nature. »
(Face à l’impressionnisme, Jean-Jacques Henner, le dernier des romantiques, Musée de la vie romantique, RMN Paris musées)
Emile Zola, défenseur de la peinture de Henner ?
juin 3, 2011
Voilà ce qu’Émile Zola a écrit de la peinture de Jean-Jacques Henner après le salon de 1866 :
Je ne suis pas ennemi du rouge, et je l’admire fort sur le portrait au profil très fin et très délicat qu’expose M. Henner. Il y a là un tour de force des plus audacieux, que le succès justifie : un châle rouge qui se détache sur un fond de même nuance. Si M. Henner avait donné à sa jeune fille, grande étude nue, une tête plus intéressante, il aurait fait mieux qu’une étude, et le corps, si grassement peint, était digne de figurer dans un tableau. Les chairs sont très finement modelées et la coloration très harmonieuse. Un petit bout d’étoffe blanche à côté d’un vêtement rouge trahit le coloriste. M. Henner marche dans une voie excellente. Il n’a pas trop emprunté aux vieux maîtres et il cherche, en face de la nature, des impressions saines, qu’il traduit avec vérité. Je ne vois dans son esprit ni recherche, ni manière, ni érudition, et il laisse agir à sa guise un tempérament d’artiste bien doué par la nature.
(Extrait de Face à l’impressionnisme, Jean-Jacques Henner, le dernier des romantiques, Musée de la vie romantique, RMN Paris musées).
Très prochainement, d’autres extraits nous aiderons à mieux comprendre la position de Zola à l’égard de la peinture de Henner…















