Armand Silvestre
octobre 28, 2009 · Print This Article
Par leur essence, leur pureté ou par ce qu’elles représentaient, les oeuvres de Jean-Jacques Henner ont inspirées plus d’un artiste…
Cette section « Henner vu par » vous dévoilera les poèmes, chansons ou chefs d’oeuvre qui en sont inspirés, mais aussi des artistes ou amateurs d’art de notre époque qui s’inspirent toujours autant des oeuvres d’Henner. Commençons aujourd’hui par un poème d’Armand Silvestre autour des Naiades, datant de 1878 :
Les Naïades d’Henner
Au bord de l’eau qui rêve et sous le ciel qui dort,
à l’urne des forêts buvant l’ombre épanchée,
Les Naïades en chœur, troupe aux mortels cachée,
tordent au vent léger leurs chevelures d’or.
À les voir l’eau sourit et le ciel se recueille,
sentant, d’un jour nouveau s’emplir leur double azur
Dans les yeux doux et clairs des filles au front pur ;
L’enchantement des bois sur leurs têtes s’effeuille.
De leur fière beauté mesurant les accords,
Comme pris du remords de la fuite éternelle, -
Le Temps, sur leur repos, laisse planer son aile ;
L’air vibrant s’allanguit [sic] au toucher de leur corps.
Des monts échevelés au vallon revenues,
Elles ont recherché la fraîcheur des gazons
et la divine clarté des jeunes frondaisons
Qui tendent des baisers à leurs épaules nues.
Le paysage est doux, voluptueux, aimant
et d’adorations timides les effleure.
La Nature est plus tendre aux lieux où l’onde pleure,
Où descend le regard ami du firmament ;
Et le corps de la femme est fait pour les tendresses
de tout ce qui respire et meurt sur son chemin ;
Le fruit naît pour sa bouche et la fleur pour sa main,
Pour elle la Mort a d’immortelles caresses !
Ces arbres crouleront ; ce flot silencieux
sèchera sous le vent ; – ici bas tout s’efface.
Seules, au seuil des ans, demeurent face à face
La beauté de la femme et la clarté des Cieux !
Voilà pourquoi fuyant l’ombre opaque et la source
Qu’un mystère de fleurs cède aux yeux du soleil
Les Naïades en chœur ont arrêté leur course
sur ce tertre où parfois descend l’astre vermeil.
Sur l’herbe tiède encor des baisers de l’aurôre [sic],
leur chair divine vient rayonner à son tour
Et son éclat vivant, après l’éclat du jour,
Illumine les bois, l’air et le flot sonore.
Et, tout à coup, soufflant dans les roseaux tremblant,
à travers les taillis, sur l’onde qui s’enchante,
Du Dieu Pan rajeuni l’ame [sic] s’éveille et chante
l’immortelle beauté des Vierges aux cous blancs.
Mai 1878. Armand Silvestre






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